Vu par Zibeline

Lecture-rencontre au J1 avec Jakuta Alikavazovic

La brune et le J1

Lecture-rencontre au J1 avec Jakuta Alikavazovic  - Zibeline

À l’heure où paraît le dernier épisode de son roman feuilleton Les Heures claires écrit à Istres à l’occasion d’une résidence, Jakuta Alikavazovic est l’invitée d’une lecture-rencontre au J1. Elle brave les coups de mistral qui cognent aux parois vitrées pour répondre avec enthousiasme aux questions de Thierry Guichard, fin connaisseur d’une «œuvre» qu’elle a du mal à nommer ainsi. Corpus, peut-être… Elle évoque rapidement Les Heures claires, et s’attarde sur son dernier opus La Blonde et le bunker, par phrases sinueuses ponctuées de blancs, de détours et de retours en arrière… À l’instar de son écriture dont «l’unité de mesure» n’est pas le paragraphe ! Et, quand elle décide de lire deux extraits du feuilleton, sa diction emprunte les mêmes chemins, collant au mot qui stoppe net et ouvre sur d’autres mots possibles. Comme si ses textes jouaient à cache-cache avec les mots, les idées, les images, les situations et les personnages. Il en va de son écriture par truchements et disparitions comme des personnages qui s’incrustent dans ses livres, identiques malgré le travestissement de leurs prénoms : «Un clin d’œil au lecteur, précise-t-elle, mais chaque roman existe par soi et en soi. Le personnage est bien sûr une convention mais on entretient avec lui une relation affective, on s’attache à ce qui résiste chez lui.» La rencontre, éclairante, questionne ses thématiques obsessionnelles : l’identité, l’absence, l’art, les mythes, dont celui d’Eurydice. Quand on l’interroge sur son rapport à la photographie («le lien à l’image tient du désir») et aux livres, elle ouvre exceptionnellement une fenêtre sur l’intime pour raconter une anecdote familiale. Puis revient vite à l’essentiel, la construction de son écriture : «Le mieux, c’est quand rien n’est pressenti. Une fois de côté les brouillons et les matériaux annexes, je commence à écrire. C’est comme une forme de contamination par l’irréel et le fantastique»… et du fantastique, La Blonde et le bunker n’en manque pas !

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Mars 2013

La Blonde et le bunker
L’Olivier, 16,50 €

La lecture-rencontre a eu lieu le 24 février dans le cadre de MP2013, en partenariat avec La Marseillaise et Librairies du Sud