Vu par Zibeline

À la rencontre de Christophe Honoré aux Écritures Croisées à Aix : vivifiant et éclairant

La Blanche de Gallimard

• 25 juin 2014⇒27 juin 2014 •
À la rencontre de Christophe Honoré aux Écritures Croisées à Aix : vivifiant et éclairant - Zibeline

Brillant, avec un esprit à sauts et gambades, Christophe Honoré a fait le bonheur des dernières Écritures Croisées de la saison à la Cité du livre. Sa pensée chatoyante sans cesse reformule, recherche au plus près la justesse, recontextualise, dans une perpétuelle remise en question. Il est vivifiant de le voir secouer la tête lors de certaines citations, évoquées en argument d’autorité, «qu’est-ce que j’ai pu dire comme conneries à l’époque !», ou encore à la suite d’une lecture (celle d’un extrait de Torse nu) : «Je viens de voir la réalité, que c’est mal écrit ! Un enfant ne dit jamais ça.» Lors de la Rencontre Littérature jeunesse, avec Dominique Masdieu (L’école des Loisirs) qui évoque sa voix nouvelle destinée aux ados, frontale, drôle, il précise les conditions de ses premiers pas dans la littérature jeunesse, son désir de partir à Paris faire du cinéma son travail d’animateur qui lui permet de rencontrer la littérature jeunesse, l’écriture de Tout contre Léo, son édition par Geneviève Brisac ; «en 1995 le sida était très présent, un livre pour enfants avec maladie et deuil s’imposait». Il raconte son irritation de voir ce livre réduit à un fait de société quand il est étudié dans les classes, «je voulais parler de littérature, le vrai sujet du livre repose sur le fait que pour préserver un enfant, on érige le mensonge en vertu, et le lien familial devient empoisonné». D. Masdieu pose la question de la mort fondatrice dans ses livres : «J’ai perdu mon père à 15 ans, longtemps j’ai cru que je me suis mis à écrire pour ça… Le rapport entre la littérature et la mort est essentiel, ce n’est pas tant comment on se construit, mais comment on vit avec cette rupture à porter, comment continuer après. Quand la télé a voulu porter le livre à l’écran, Léo ne mourait pas. J’ai refusé. Il faut faire preuve de loyauté envers les enfants. Il faut suivre la construction de la tragédie : la catastrophe annoncée doit avoir lieu.» Honoré explique ensuite qu’il ne croit pas au rôle pédagogique des écrivains jeunesse, mais que l’exercice de chercher qui a écrit et pourquoi est fondateur. «Si on veut réfléchir sur la littérature jeunesse, il faut avoir une vision de la littérature adulte. Les livres jeunesse sont aussi des réponses de leurs auteurs à la littérature adulte.» Au cours de la discussion à bâtons rompus avec Marie Desplechin, les deux écrivains évoquent leur relation à l’écriture, se demandent pourquoi ni l’un ni l’autre n’écrit plus de livre pour adulte depuis des années, préférant d’autres formes, dont le documentaire. Dans l’époque quelque chose nous fait douter de nous en tant qu’auteurs. Y aurait-il un affadissement de l’idée du grand écrivain, modèle XIXe ? «Quand tu réussis une vraie fiction, c’est beau car tu es passé dans le symbolique». Marie Desplechin souligne qu’elle n’a pas envie de s’enfermer dans un genre. Écrire sur soi ? Oui, certes, mais aucun des deux n’apprécie la suite donné dans la critique, on vous parle de vous ensuite, au lieu de votre écriture, est-ce bien intéressant ? La forme littéraire interroge le monde, insiste Honoré, «quand je lis Sarraute, cela m’apporte autant sur la vision du monde qu’un roman américain sur la guerre du Vietnam». Il faudrait un Zibeline entier pour transcrire la richesse de cet extraordinaire duo… Un simple conseil : lisez-les, leur écriture ouvre des portes. Eux aussi devraient avoir la consécration de la Blanche de Gallimard !

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2014

À la rencontre de Christophe Honoré a eu lieu du 25 au 27 juin, à la Cité du Livre, Aix-en-Provence

Photo : C. Honoré et M. Desplechin © P. Bédrines


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