Vu par Zibeline

Deux soirées se suivent à l’Opéra de Marseille… mais ne se ressemblent pas !

La belle «Étrangère»

• 5 novembre 2013⇒6 novembre 2013 •
Deux soirées se suivent à l’Opéra de Marseille… mais ne se ressemblent pas ! - Zibeline

Le 5 novembre, l’Orchestre de l’Opéra est sur la scène, surplombé par son Chœur. Au premier plan, Paolo Arrivabeni fusionne l’attention, mène les musiciens à la baguette. Entouré d’un «plateau» comme on en voit peu, il suit des solistes d’exception au souffle du belcanto. On découvre une «étrangeté» : un Bellini de 1829 intitulé La Straniera dont le livret abracadabrantesque est truffé de coups de théâtre… à pouffer !

De fait, cet opus-là aurait mérité d’être mis en scène : cela aurait rendu plus lisibles les rebondissements, combats, meurtre avorté, procès, quiproquos, doutes et rendez-vous amoureux, suicide, derniers soupirs… Nonobstant, l’intérêt du genre réside dans les voix. Et quelles voix ! Faute du jeu théâtral, elles se concentrent sur la musicalité, le chant pur.

La Ciofi se donne corps et âme au personnage de «l’étrangère», ses vocalises fleuries, ses aigus vaillants déclenchent des hourras. Le reste de la distribution est ce qu’on trouve de mieux en France. Que dire de Ludovic Tézier, de sa ligne de chant que nulle syllabe ne brise, des harmoniques kaléidoscopiques de son baryton, puissant et souple, sans chichi, de ses aigus d’airain… Une leçon ! À l’applaudimètre, il l’emporte, suivi par Karine Deshayes, bijou de mezzo à l’expression sensible et la pâte somptueuse. Et la vaillance du ténor Jean-Pierre Furlan, son timbre homogène, ses aigus à saturer la trompe d’Eustache laissent pantois !

…Décevant Schubert

Le 6 novembre… on change de division. Le Paris Mozart Orchestra dessine avec clarté et élégance les mouvements de la 5e symphonie de Schubert, se moule dans le bras ample de Claire Gibault (conjuguant, fait encore rare en France, chef au féminin) pour une direction ne payant de mine, mais au demeurant efficace. On attendait Andreas Schmidt dans un cycle de Lieder de Schubert. Spécialiste du genre, belle prestance et narrateur hors pair, sa voix est claire, marque de l’école allemande, mais les aigus sont poussés, dépassé qu’il est par la texture instrumentale dont les transcriptions s’avèrent chargées en fioritures et doublures du chant inopportunes. Il a 53 ans… sa voix en paraît 15 de plus !

JACQUES FRESCHEL
Novembre 2013

Photo : La Straniera c Christian Dresse 2013


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