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Vu par Zibeline

Un très joli premier film de Nitzan Gilady proposé par le festival du cinéma israélien à Marseille

La barjote de Mitze Ramon

• 16 juin 2016⇒18 juin 2016 •
Un très joli premier film de Nitzan Gilady proposé par le festival du cinéma israélien à Marseille - Zibeline

Pour sa deuxième soirée, organisée en collaboration avec les Amis de la Cause Freudienne et le Centre Fleg, le festival Regards sur le cinéma israélien avait invité ce jeudi 16 juin au César, le réalisateur Nitzan Giladi pour la projection de son premier long métrage : Weddind doll.

Coup d’essai, coup de maître pour cette prima opera, remarquée dans de nombreux festivals, qui suit les rêves d’indépendance et d’amour de Hagit, une jeune femme de 24 ans, souffrant d’une légère déficience mentale, sur-protégée par Sarah, sa mère divorcée, avec laquelle elle vit.

Les murs de la chambre de la jeune fille sont tapissées de photos de mariées découpées dans les magazines et de petits casiers abritent les dizaines de poupées en carton et papier de toilette blanc qu’elle fabrique obstinément. Hagit travaille dans une fabrique de papier hygiénique qui lui fournit ces matériaux d’arte povera. Elle y est heureuse, «intégrée», éprise du fils du patron, Omri (Roey Assaf), qui, bien qu’attiré par sa beauté et touché par sa radieuse naïveté, demeure incapable d’assumer son idylle avec une «barjote». Leurs rendez-vous amoureux devant le grand canyon de Mitze Ramon, aux portes du désert, demeurent secrets, hors jeu, hors temps, à la marge d’une réalité impitoyable de méchanceté, de mépris ou de mesquinerie. La faillite de l’entreprise familiale, le licenciement imminent de Hagit, détruit les équilibres fragiles, mettant à nu les personnages et leurs relations.

Wedding doll est un film sensible où le réalisateur se gardant de donner une quelconque leçon de morale, montre la force de la faiblesse d’Hagit : sa créativité, sa poésie enfantine culminant bien au-dessus de tout ricanement, son opiniâtreté dans le projet, malgré la cruauté passée et présente des gens «normaux». La force de son sourire trop éclatant, de ses sentiments trop entiers, de son incompréhension protectrice face à un père absent, à un frère lâche soumis à son épouse, à un amoureux honteux flanqué de ses crétins de copains. La force aussi de l’amour maternel de Sarah malgré sa fatigue, son combat quotidien, sa culpabilité de s’autoriser des désirs, loin de son enfant hors norme.

Au premier plan, et souvent en gros plans, la fille et la mère incarnées avec une grande subtilité, respectivement par Moran Rosenblatt ( Prix d’interprétation au Festival de Mons 2016 ) et Assi Levy. Nitzan Gilady limite les lieux et les traite en décors récurrents. L’espace dans lequel se saisit le personnage en dit plus sur lui que les paroles. Ainsi, le modeste appartement d’Hagit et de Sarah fermé sur les rêves de papier de la jeune héroïne, la protégeant tout en la retenant prisonnière, les couloirs par lesquels elle s’échappe et se met en danger, la route où sa mère régulièrement la rattrape, la cage d’escalier sans ascenseur où le corps de Sarah peine à monter. Les lieux de travail aussi. Celui de Sarah : lingerie et piscine d’une résidence de luxe à l’architecture minimaliste, celui d’Hagit mi-atelier, mi-hangar, cloisonné par des murs en rouleaux. Et la petite ville de Mitze Ramon by night, accrochée à la montagne comme une arche perdue qu’on finira par quitter.

Le débat animé par Hervé Castanet n’a pas apporté grand chose de plus à ce très joli film. On y a toutefois appris que le réalisateur après avoir passé 6 ans à New York pour être comédien, a renoncé à devenir le nouveau De Niro et s’est placé derrière les caméras. Ce qui, au vu de ce travail prometteur, est une bonne chose !

ELISE PADOVANI

juin 2016

Photo Gilady Nitzan Films

www.judaicine.fr


Cinéma Le César
4 Place Castellane
13006 Marseille
08 92 68 05 97
http://www.cinemetroart.com/