«La dernière bande», avec Denis Lavant toujours magistral, à Ollioules

La bande à BeckettVu par Zibeline

«La dernière bande», avec Denis Lavant toujours magistral, à Ollioules - Zibeline

Étrange expérience que La dernière bande interprétée par un Denis Lavant toujours magistral. Théâtre du silence et de la répétition, la pièce, créée au Festival d’Avignon en 2019, peut pousser le spectateur au bord de la crise de nerf, éprouvé par de longs blancs sonores fondus au noir. Sauf s’il s’attache à scruter les mille et une expressions du visage buriné de l’acteur, crâne dégarni et luisant, ses mimiques « au carrefour du clownesque et de la pantomime », sa science fine du mouvement et des pas. Sonores, trébuchants, hésitants. Ceux d’un Beckett âgé de cinquante-deux ans quand il écrit le texte, faussement ressuscité par la voix fantomatique sortie d’un vieux magnétophone à bande… Sauf s’il boit les paroles du dramaturge irlandais tirées de son journal intime, souvenirs bouleversants de sa jeunesse et de « l’amour aussi fort qu’au premier jour et pourtant disparu ». Alors le miracle surgit à la lueur de la lampe dressée au-dessus du bureau métallique suranné, jonché de cartons élimés d’où Krapp, le héros, déterre la fameuse Bobine 5 dans la Boite 3 rembobinée fébrilement à maintes reprises. Maigre coffre-fort d’une vie dédiée à l’écriture dont il porte la voix entre deux ricanements, deux toussotements, deux crachements qui le poussent à s’enfuir en coulisse pour s’humidifier la gorge. Rituel répétitif comme celui de la scène de la dégustation de la banane, irrésistiblement saugrenue ! « Que reste-t-il de cette misère ? », « Rien à dire. Pas couic ! », « Sois de nouveau, sois de nouveau » grommelle Krapp dans une sorte d’hystérie de l’insaisissable où l’esprit, la fulgurance des mots et les mouvements corporels s’embrasent en un chaos total. Denis Lavant est époustouflant dans la mise en scène de Jacques Osinski qui magnifie le travail d’acteur, le silence et le poids de cette tragi-comédie noire sans être désespérée. 

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Novembre 2020

La dernière bande a été jouée les 13 et 14 octobre à Châteauvallon-scène nationale Ollioules

Photo : © Pierre Grosbois

Châteauvallon – Scène nationale
795, chemin de Châteauvallon
BP 118
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