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Vu par Zibeline

La Ballade de Buster Scruggs, de Joel et Ethan Coen

La Ballade de Buster Scruggs

La Ballade de Buster Scruggs, de Joel et Ethan Coen - Zibeline

Disponible sur Netflix depuis le 16 novembre, le dernier opus de Joel et Ethan Coen devrait faire date, et ce moins dans l’histoire du cinéma – encore que… – que dans celle de sa distribution. Habitués des succès critiques, et ce surtout hors des Etats-Unis, mais moins des cartons au box-office, convaincus que les grandes maisons hollywoodiennes ne financent aujourd’hui que des remakes ou des adaptations de comics, les deux frères se sont tournés vers la plateforme pour produire La Ballade de Buster Scruggs. Pensé alors comme une série, le métrage a fini par devenir un film à sketches : six contes ancrés dans le Far-West s’y succèdent, se complètent et se ressemblent. Les lieux communs y sont traversés et détournés avec plus ou moins de bonheur. La joyeuse noirceur des auteurs de la trilogie des idiots – O’Brother, Intolérable Cruauté et Burn after reading – s’empare de chaque récit, dont on attend tout en la redoutant la sinistre chute, souvent sanglante et cruellement drôle.

Moins désopilant que leur précédent opus Avé César !, et ce malgré la décontraction de James Franco ou l’abattage de Tim Blake Nelson, La Ballade de Buster Scruggs souffre d’une esthétique moins travaillée qu’à l’ordinaire. Les hommages et autres auto-parodies sont nombreux ; l’excursion vers le numéro chanté, la lourde référence du dernier segment des Douze Salopards s’avèrent assez vaines. Une vivacité de ton, une esthétique percutante peinent à éclore ; la photographie de Bruno Delbonnel, un des rares non-habitués de l’équipe technique, n’a pas la finesse de celle de Roger Deakins. C’est finalement le désespoir froid avec lequel les auteurs dépeignent les origines malades du mythe américain qui marquera le plus durablement le spectateur, puisqu’il sonne juste, malgré son systématisme. Et qu’il s’attarde avec plus de trouble sur les figures de sacrifiés – l’homme-tronc incarné par Harry Mealing ou Zoe Kazan en jeune première.

SUZANNE CANESSA
Novembre 2018

Photo : The ballad of Buster Scruggs, de Ethan et Joel Coen © Netflix

La Ballade de Buster Scruggs, de Joel et Ethan Coen, disponible sur Netflix (1h32)