Vu par Zibeline

La 2e journée du Festival d'automne de Gardanne a été consacrée à l'Arménie, avec "Les Chemins arides" d’Arnaud Khayadjanian

L’ Arménie à Gardanne, en automne

• 17 octobre 2015 •
La 2e journée du Festival d'automne de Gardanne a été consacrée à l'Arménie, avec

Après son ouverture avec Philippe Faucon et son magnifique Fatima, le festival consacrait sa 2ème journée à l’Arménie. 2 films et 2 réalisateurs pour présenter leur œuvre et débattre avec le public qui, divers et fort nombreux, remplit les salles, trop petites Une Histoire de fou a attiré la foule et son auteur, Robert Guédiguian, accueilli avec chaleur, se prête au jeu des hommages et des questions avec simplicité, humour et précision. C’est un autre format que Les Chemins arides d’ Arnaud Khayadjanian.

Ce jeune réalisateur entreprend de refaire à pied l’itinéraire que Vahan, son arrière-grand-père, a effectué entre Erzican, son village d’origine, et Kemah, village du haut des falaises, duquel les déportés arméniens étaient précipités dans l’Euphrate. Vahan a été secouru par un paysan d’Anatolie, et Anna, l’arrière-grand-mère, a été cachée au sein d’une famille turque. Arnaud se met en quête de ces « Justes », tentant au gré de ses rencontres de ressusciter le passé. Des plans larges de paysages désolés qu’il arpente, perdu dans leur immensité, pataugeant parfois dans des cours d’eaux inattendus, on retient la valeur concrète et métaphorique. En alternance, surgissent les visages, en plan fixe, des villageois qu’il interroge, s’appuyant sur les photos de ses ancêtres ou sur la reproduction d’un tableau du Bon Samaritain. Mais les réponses se dérobent, la mémoire est volontairement -ou non- enfouie, sous le coup d’une histoire officielle, réécrite pour les besoins d’un nationalisme dominant. Rares sont les rencontres qui apportent un élément positif. Quand l’une déclare vivre à la place des Arméniens qui ont été déportés, un autre ne souhaite pas parler du passé. La quête d’Arnaud n’aboutit pas davantage quand, en voix off, il interroge les membres de sa famille englués dans le roman familial. C’est à Istanbul que surgit une possibilité de réponse auprès d’un jeune intellectuel, descendant de Mehmet Celal Bey, gouverneur de la province de Konya, connu pour avoir sauvé des centaines d’Arméniens de la déportation, souvent désigné comme le « Oscar Schindler » turc. Mais pas question d’aller jusqu’à parler de génocide, terme susceptible d’enclencher des poursuites s’il n’est pas précédé de « soi-disant ».

De cette quête amère, il ne reste presque rien de concret : une église arménienne en ruines dont on caresse les pierres, alors qu’Erizcan a été complètement détruite par un séisme en 1939 ; le tatouage d’un nom de famille qui a été emprunté. On peut quelquefois sourire d’une certaine naïveté, on préfère croire à la sincérité d’emprunter ces « chemins arides » pour retrouver une histoire collective et personnelle.
ANDRÉ GILLES
Octobre 2015

Photo © Adalios

Le 27ème Festival d’automne de Gardanne se déroule du 16 au 27 octobre 2015


Cinéma 3 Casino
11 Cours Forbin
13120 Gardanne
04 42 51 44 93
http://www.cinema-gardanne.com