Question de danse, une réussite du Klap

Klap Klap KlapVu par Zibeline

• 8 octobre 2013⇒31 octobre 2013 •
Question de danse, une réussite du Klap - Zibeline

Bravo à Michel Kelemenis et à son équipe pour ces questions de danse passionnantes et généreuses !

Le Klap a deux ans, et l’on se demande comment la danse régionale vivait sans… 24 compagnies ont trouvé, du 8 au 31 octobre, un lieu pour répéter, fabriquer, questionner, partager entre artistes, et montrer au public leur travail, dans des conditions professionnelles et une grande convivialité. Une initiative qui fait honneur à ceux qui l’ont portée, et montre à quel point la création chorégraphique est riche et variée dans notre région. Après Fana Tshabalala, Ex Nihilo, Itinerrances et Caroline Bô (voir Zib 67), la Méta-Carpe a proposé un laboratoire mettant en jeu le public le 14 oct, puis la Cie La Parenthèse un spectacle créé en Pays de Loire, fait de récits de vie collectés, de rencontres au bal, avec le très bon ensemble de jazz Paï Paï. La danseuse Julie Compans illumine la scène, pour ce Paso qui fait (trop ?) penser au Bal d’Ettore Scola.

Passionné de Wagner, Arthur Perole s’inspire également des poèmes de Baudelaire pour créer un langage scénique singulier grâce à une gestuelle volontairement lente et un dynamisme créé par des changements d’angles de vue. Entre l’abstraction et l’expressivité, c’est le côté le plus noir du romantisme, celui de la passion presque irréversible qui l’intéresse dans Stimmlos, présenté le 15 oct. C’est ensuite toute l’éclosion d’un être partagé entre sa culture, son éducation et son apparence physique que nous a fait vivre Patricia Guannel avec Lespri Ko. Mêlant la danse classique, contemporaine ou traditionnelle, elle évoque une palette de sentiments avec une sensibilité extrême et une technique implacable.

Le 18 oct, le public est propulsé dans une émission de radio consacrée au folklore autrichien. Avec I’m from Austria, like Wolfi !, le chorégraphe et interprète autrichien Christian Ubl pose avec beaucoup d’humour la question de l’identité d’un pays dans une Europe qui se voudrait uniforme. Dans Themselves Jean-Jacques Sanchez bouleverse les rapports à l’espace, aux mouvements et aux émotions, entre les danseurs et le spectateur présent sur scène. Une façon de traiter de manière atypique la notion de proximité et du rapport à l’autre.

Le 19 oct, le chorégraphe Nans Martin s’interroge sur la thématique de l’errance dans Muô. Guidées par la musique de Sylvain Olivier, les deux danseuses improvisent une chorégraphie qu’elles vivent comme «un travail sur une sorte de fenêtre toujours ouverte». Enfin, Mathilde Monfreux a offert une performance physique et artistique étonnante lors de la présentation de Last Lost Lust. Entièrement nue, elle sort dans un tourbillon de violence, d’épuisement et d’exaltation de cette enveloppe molletonnée et immaculée de blanc. Au sol comme dans les airs, elle enchaîne des allers retours époustouflants, oscillant, parfois brutalement, entre cet état de chrysalide protecteur et celui d’une effrayante liberté.

Le 22 oct Yendi Nammour proposait un solo mettant subtilement en scène sa dualité, et comment l’orient s’empare de son corps contemporain comme une mémoire ancienne qui reviendrait en elle. Puis la cie Dodescaden présente un bout de projet très abouti, qui évoque la rue et l’errance, la précarité, en plongeant dans le déséquilibre, le son saturé, des journaux jonchant le sol, faisant naître des Rues intérieures très fortes. Le 25 oct, Montaine Chevalier reprenait des extraits de D’assise, créé l’an dernier aux Bernardines (voir Zib 58), tandis que Ex Nihilo renouvelait son écriture en retrouvant la scène, délaissant la rue dans Mashy.

Le 28 oct Sébastien Ly danse C2I, Circulations 2 Isohélie, un solo déroutant, intime, retenu, contrastant avec le discours extrêmement labile qu’il tient ensuite pour l’expliquer… tandis que le duo de Samir El Yamni, travail en cours, propose déjà de belles rencontres entre les corps. Le même soir Wendy Cornu dirige Ellipses, une pièce en cours elle aussi : ses danseurs obéissent à des contraintes très précises, aléatoires dans leur succession mais extrêmement déterminées, donnant aussi à voir comment des corps libres obéissent…

Le 31 oct les Questions trouvent une conclusion en apothéose. Les élèves de la classe option danse de l’Ecole Bellevue ouvrent le bal avec Triple Axel, une création sur le sport. Le plaisir de voir danser ces enfants, tous d’origine africaine, est un peu terni par la tendance très nette des garçons à frimer, et des filles à rester derrière. Peut-on lutter contre ? Il le faudrait, si on veut parler d’éducation du corps… Puis trois pièces courtes : le solo My Way de Kelemenis, rituel sacrificiel porté par la grâce de Claire Indaburu, qui finit sous un voile blanc comme un linceul ; un duo de Christian Ubl, dynamique ; et la reprise réinventée d’un petit bijou de Bagouet, ironique pastiche de la corrida et du Paso, délicieux. La soirée se conclut par un bal rouge, où le public danse enfin, ensemble, avec les artistes.

AGNÈS FRESCHEL et ANNE LYSE RENAUT
Novembre 2013

Photo : Triple-Axel-c-Agnès-Mellon

Les Question de danse ont été programmées du 8 au 31 octobre au Klap, à Marseille