Le Festival d’Aix se conclut sur un Coq d’Or détonnant

Kiriki kirikoukou !Vu par Zibeline

Le Festival d’Aix se conclut sur un Coq d’Or détonnant - Zibeline

Après l’annulation du festival de l’an dernier, c’est sur la scène de l’Opéra de Lyon que ce Coq d’Or a été créé. Ovationnée alors et ovationnée de nouveau par le public aixois, la mise en scène de Barrie Kosky se révèle à la hauteur des attentes : rythmée, burlesque, forte d’un mélange peu commun de générosité et d’intransigeance, d’un sens aigu de la direction d’acteurs mais également de la plasticité de la mise en scène. Tout est beau – ou du moins tout sonne juste. Le livret, inspiré d’un conte de Pouchkine, fait la part belle au merveilleux et à l’animal et sait captiver son auditoire malgré (ou en vertu de ?) son goût pour la réitération. Un Astrologue, campé entre deux registres et avec conviction par Andrei Popov, accompagne et commente l’action, qu’il estime riche en enseignements moraux et politiques. Le Tsar Dodon, jadis vaillant guerrier, accuse son âge : il a pour lui la présence physique et la voix imposantes de Dmitry Ulyanov, tour à tour ridicule et inquiétant. L’Astrologue lui offre, pour triompher de tous les dangers qui l’attendent, un Coq prompt à sonner l’alerte : la voix acérée de Maria Nazarova se greffe au corps volatile de Wilfried Gonon pour incarner cet oiseau de malheur. À rebours de ses représentations champêtres, le chant du coq se fait ici inquiétant, sardonique. L’arrivée de la sorcière Chemakha monte encore d’un cran dans la cruauté du dispositif : il faut dire que l’impériale Nina Minasyan balaie sans effort tout sur son passage. Son ode au soleil, orientalisante en diable, révèle un timbre d’une douceur à toute épreuve, impeccable d’homogénéité et de justesse, du contre-fa à des graves bien fournis. Ce rôle de séductrice vorace lui sied à ravir, dans le déhanché comme dans le déploiement d’un instrument tout bonnement exceptionnel. À la qualité exceptionnelle de ces solistes – face auxquels les tsarévitchs d’Andrey Zhlikhovsky et Vasily Efimov ne déméritent pas – répond celle de l’Orchestre National de Lyon, qui peut compter sur la solidité et l’écoute à toute épreuve de Daniele Rustioni. Si ce Coq d’Or peinera peut-être à tenir son rang de chef-d’œuvre annoncé, ce sera finalement moins pour ses qualités théâtrales et interprétatives que pour sa matière purement musicale. On peine en effet à trouver ici les prémices du langage stravinskien vantés de part et d’autre. Tout juste sont-ils à trouver dans le choix non pas de la langue mais du registre – soit du théâtre et non de la musique. L’outrance et la parodie tenant ici lieu de style à part entière. Mais ne boudons pas notre plaisir !

SUZANNE CANESSA
Juillet 2021

Photo Nina Minasyan © Jean-Louis Fernandez

Festival International d’Art Lyrique d’Aix en Provence
0820 922 923
http://www.festival-aix.com/