Kinshasa Chroniques, exposition au Miam de Sète jusqu'en mars 2019

Kinshasa régale le MIAMVu par Zibeline

• 14 novembre 2018⇒10 mars 2019 •
Kinshasa Chroniques, exposition au Miam de Sète jusqu'en mars 2019 - Zibeline

Le musée sétois propose une approche vivante de la capitale congolaise à travers l’expérience intime de l’espace urbain par 70 artistes.

La lumière est ténue, l’espace morcelé par des panneaux de bois portant des inscriptions peintes à la main, des fauteuils en plastique sont installés devant certains écrans, des fils électriques courent, à vue, le long des murs : les cinq commissaires de Kinshasa Chroniques (et le scénographe Jean-Christophe Lanquetin, dont une série de 6 photographies sont exposées parmi les œuvres présentées) ont réfléchi à constituer un lieu qui crée une atmosphère suggestive. Nous sommes quelque part, ailleurs, là où l’urbain ressemble à autre chose que nos rues à l’uniformité aseptisée.

Le MIAM de Sète accueille une multitude de jeunes artistes africains (70 créateurs : photographes, vidéastes, performeurs, musiciens, peintres, bédéistes), qui abordent la /leur ville de Kinshasa sous un angle résolument contemporain et positif. Croisant leurs approches respectives (performance, architecture, urbanisme, histoire de l’art et science politique) les concepteurs de l’exposition présentent la mégapole aux 13 millions d’habitants comme un terrain de réflexion novateur. Sa polycentralité, la vitalité du commerce de quartier, son économie circulaire, son habitat auto-construit sont proposés, à travers le prisme des artistes, comme autant de pistes alternatives, une nouvelle façon de produire la ville.

Neuf « chroniques », telles des quartiers, divisent l’espace. On progresse dans l’exposition comme lors d’une déambulation – découverte de la ville. On passe de la « Ville performance », à la « Ville paraître », la « Ville esprit »… La multiplicité des médias, des approches, des techniques, dessine une ville-kaléidoscope fascinante, où les sons, les images, les mots se croisent et racontent une réalité où la crudité du quotidien se marie avec les mythes et les traditions revisités. Les deux fresques/montages photographiques qui couvrent le mur d’ensemble de la salle invitent le visiteur à opérer d’emblée un décalage qui malmène les clichés.

Épreuve d’allégorie, de Sinzo Aanza (2017), 264 tirages numériques filtrés roses, est une déclinaison du quartier de Kinsuka, au bord du fleuve. Haut lieu touristique (somptueux couchers de soleil), il abrite aussi de gigantesques carrières de grès rouge, extrait à coup de dynamite depuis les années 50, saccageant l’image carte postale. Devant la mosaïque des berges du Congo, une sculpture en grès caillassé, d’un homme qui casse du grès…

Plus haut sur la paroi, visible depuis l’escalier qui mène aux espaces supérieurs de l’exposition, les Affiches chinoises de Sammy Baloji (2016) jouent aussi sur l’effet d’accumulation : ces images made in China de maisons, fantasmées, opulentes et kitschissimes, stéréotypes outrés d’une opulence occidentale, couvrent les murs des intérieurs de la classe moyenne à Kinshasa. Pelouses vert pomme, voitures rouge rutilant, cheminées : incarnations du rêve bourgeois, inaccessible et inapproprié. (« Ville capitaliste »)

Au milieu de ces paysages-patchwork oniriques, des hommes, des femmes -de l’humain qui joue, qui danse, qui se pavane, qui dort dans un cercueil (Absence, 2018, installation de Éric Androa Mindre Kolo). Des costumes aussi ; en papier hygiénique et papier kraft (Cédrick Mbengi, Usage unique, 2018), en cacahuètes (Sapekologie téléportation, 2017-18, Yannos Majestikos), un Homme canette (Eddy Ekete, 2015), un costume en préservatifs (Batela lobi na yo, Tickson Mbuyi, 2018), tous portés pour des performances, immobiles ici, immenses, imposant leur force furieusement actuelle, diffusant quelque chose qu’on se surprend à trouver magique.

ANNA ZISMAN
Novembre 2018

Kinshasa Chroniques
jusqu’au 10 mars 2019
MIAM, Sète

04 99 04 76 44 miam.org

Photo 1 : Sinzo Aanza, Épreuve d’allégorie (2017) © Sinzo Aanza
Photo 2 : Eddy Ekete, Homme canette (2015). Costume confectionné en canettes d’aluminium © AZHomme canette

Musée International des Arts Modestes
23 quai Maréchal de Lattre de Tassigny
34200 Sète
04 99 04 76 44
http://www.miam.org/