Le premier Festival Kino Visions s'est déroulé à Marseille

Kino visions, saison 1

• 23 septembre 2015⇒27 septembre 2015 •
Le  premier Festival Kino Visions s'est déroulé à Marseille  - Zibeline

Avant qu’Hanna Schygulla, marraine du festival Kino visions, n’entre en scène à la Criée et au Gyptis, le cinéma les Variétés assurait la première partie du festival avec quatre films de la plus récente production en langue allemande.

Soirée d’ouverture le 23 septembre avec Les Sœurs bien-aimées / Die geliebten Schwestern (2014) de Dominik Graf. Ce film fleuve (2h 20) s’appuie sur une double déclaration amoureuse de Schiller à  Line et Lolo, des sœurs, dont l’une deviendra sa femme. Graf enrichit ce triangle amoureux en costumes d’un ancrage historique précis- écriture des Brigands, rencontre de Goethe, échos de la révolution française-, d’une observation de la société contemporaine -travail des domestiques, place des femmes, lente désagrégation d’une aristocratie désargentée. Mais cette biographie romancée très imaginative reste lisse et se regarde sans passion.

Le lendemain , le producteur et monteur Oliver Neumann a présenté Le petit homme / Macondo (2014) de Sudabeh Mortezai. Il y a des années, des réfugiés sud-américains ont appelé Macondo, nom associé à l’œuvre de Garcia Marquez, le camp en périphérie de Vienne où depuis 60 ans les guerres ont amené les réfugiés du monde entier. Le petit homme, c’est Ramasan, un garçon tchétchène de 11 ans qui vit là avec sa mère et ses deux petites sœurs. Le titre dit  bien les deux lignes de force du film. Macondo nous donne à voir la vie dans l’espace clos des réfugiés, les démarches administratives, le rôle et l’importance de la communauté, tchétchène , de la religion, les tentations de franchir la limite de la loi. La réalisatrice, documentariste, fait ici œuvre de fiction et place sa caméra à hauteur du petit homme : c’est une réussite ! Macondo devient le décor un peu particulier de la vie d’un garçon en train de se construire. Ramasan vit dans le mythe de son père disparu pendant la guerre, quand surgit Issa, un jeune Tchétchène qui se présente comme un ami du père. Toute la force du film est dans la subtilité des émotions, les contradictions de Ramasan, partagé entre les photos, les objets , le souvenir ténu d’un père présenté comme un héros guerrier en uniforme, et le corps concret, mutilé, aux prises avec les difficultés du réel d’Issa. Le sujet n’est pas nouveau, mais la réalisatrice évite les pièges des scènes faciles. On ne s’étonnera pas que la réalisatrice place dans son panthéon les frères Dardenne.

Autre climat avec le film de Burhan Qurbani On est jeunes, on est forts / Wir sind jung, Wir sind stark (2014). Remarqué au festival d’Aubagne, ce film puissant évoque les émeutes xénophobes qui eurent lieu à Rostock en août 1992. Ce port de l’ancienne RDA est alors en plein déclin. Concentrant son récit sur une journée, le réalisateur suit trois groupes, responsables politiques pris dans leurs contradictions, étrangers partagés entre pessimisme et combativité, jeunes désemparés prêts à tourner leur violence contre eux-mêmes ou ceux qu’ils jugent responsables de leur marasme. Avec une caméra virtuose et efficace, une mise en scène limpide, un noir et blanc dramatique, le réalisateur revient sur un épisode troublant de l’après réunification et le dernier plan ouvre sur un futur –désormais notre présent – glacial.

Comédie glaciale que Le Temps des cannibales / Zeit der Kannibalen (2103) de Johannes Naber. Dans le huis clos théâtral revendiqué de chambres d’hôtels internationaux, trois « consultants » ont été envoyés d’Allemagne dans le tiers-monde pour arrondir à n’importe quel prix les profits des investisseurs qui les emploient. Carriéristes comme il n’est pas imaginable, ils enveloppent leur action, chacun à sa mesure, de prétentions humanitaires dont la moins cocasse n’est pas de propager le capitalisme pour faire table rase des archaïsmes des sociétés où ils œuvrent. Racistes, sexistes, hypocondriaques, intrigants, cyniques, ils s’enferment dans leur système; pris au piège, ils se rendent compte un jour, mais un peu tard, qu’ils sont à Lagos, coupés du monde dans leur suite luxueuse, à la merci d’une émeute. Au spectateur d’éprouver un sentiment réjouissant de revanche.

Après une éclipse, voici donc revenu un festival de cinéma en langue allemande à Marseille. Espérons qu’avec le temps un public plus nombreux l’accompagne.

ANDRÉ GILLES

Octobre 2015

Le Temps des cannibales© farbfilm

 

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Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
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