Sam Karpiénia e Cants de la Crau : un grand banquet de tensions

Karpénia persistantVu par Zibeline

Sam Karpiénia e Cants de la Crau : un grand banquet de tensions - Zibeline

De nouveau entendu lors de deux soirées à Mesón, le retour à la guitare électrique de l’ancien Forabandit annonce un nouveau cycle, plus rock

La musique de Sam Karpiénia n’aura jamais rien eu de « traditionnel ». Après tout, l’aventure Gacha Empega est déjà lointaine. Le chant en provençal ? Pourquoi limiter l’emploi d’une langue à un usage « traditionnel » ? Dans ce verbe aujourd’hui presque enfoui, Karpiénia a trouvé sa vérité et cela n’indique rien sinon que sa musique, marquée régionalement (et encore…) ne s’inscrit dans aucune « tendance » contemporaine. C’est une grande richesse. Mais depuis les premiers concerts à LAM il y a un mois (lire Zib’ 113), son usage de la guitare électrique, qui a remplacé la mandole, vient apporter une nouveauté assez considérable. Jouée en arpège, l’instrument déploie une distorsion « naturelle » remarquable, atteignant une tension palpable sur quelques mesures. Rejoint par son invitée du soir, Pauline Willerval et sa gadulka (un petit instrument bulgare à cordes frottées, qui se joue comme un violon, avec un archet), le trio Karpiénia/Emmanuel Reymond (contrebasse)/Thomas Lippens (et son jeu de batterie atypique, proche de la percussion) évoque d’emblée la dimension répétitive, tendue, du Venus in Furs du Velvet Underground. Entre transe orientale et minimalisme post-rock, le vertige est permanent. On le connaît mais on s’en émeut toujours : de la prosodie flamenco de Karpienia, qui s’élève comme un vortex, émerge à la fois un cri, une plainte, un appel à tout ce qu’il y a d’humain en nous, à rester debout, persistant. Dans ce miracle de petite salle vivante qu’est La Mesón, dont le public est à hauteur d’artistes, c’est un grand banquet de tensions qui est servi. Parfois malaisé, parfois rassasiant. Qui confirme que l’insaisissable Sam Karpiénia est une des plus puissantes exceptions culturelles qui nous soit donné d’écouter sur la scène musicale locale. Ce soir-là imposait un drôle de raffut, comme une promesse d’une deuxième soirée (à laquelle nous n’avons pas assisté) haute en décibels, avec en invité Nicolas Dick, pionnier du rock noisy.

HERVÉ LUCIEN
Février 2018

Sam Karpiénia e Cants de la Crau s’est produit le 19 janvier à La Mesón, Marseille

Photographie : Sam Karpiénia e Cants de la Crau © Sarah Lepetre

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