Musique et cinéma à Aubagne : le Grand Prix va au compositeur Leonardo Martinelli pour Karnawal

KarnawalVu par Zibeline

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Karnawal est le premier long métrage de fiction Juan Pablo Félix, né à Buenos Aires en 1983.

L’action se déroule dans une petite ville du Nord de l’Argentine près de la frontière bolivienne. Cambra (Martin Lopez Lacci), adolescent rebelle, vit avec Rosario, sa mère (Mónica Lairana), et Eusebio, le compagnon de cette dernière (Diego Cremonesi). Il a une passion : le malambo, danse traditionnelle des gauchos de la Pampa, sorte de flamenco argentin exclusivement masculin où guitares et percussions (les bombos) accompagnent les claquettes rageuses des danseurs. Le malambo demande énergie, précision, concentration. Cambra s’entraîne dur dans l’objectif de gagner un concours important. Pour s’acheter ses bottes de danse, il n’hésite pas à faire passer la frontière à une arme cachée au fond de son sac à dos, pour le compte de gangsters locaux. Alors qu’il tente d’échapper à l’emprise de ces petites frappes qui voudraient bien l’enrôler pour d’autres missions, son père El Corto (Alfredo Castro) est libéré de prison. Rosario et Cambra vont le chercher afin de lui restituer sa voiture qui l’attend depuis 7 ans au garage.

À partir de cet argument, le réalisateur signe un film sur les limites. Géographiques et intimes. Entre fête et drame, légalité et illégalité, musique et silence, extérieur et intérieur. L’extérieur, c’est l’horizon montagneux, les routes droites qui fendent la plaine aride et déserte. Ingrédients d’un road movie dont le film, dans sa deuxième partie, adopte la forme. C’est encore, ingrédients d’un polar, les postes frontières, les petites villes poussiéreuses, le dédale des marchés aux légumes, les nuits électriques et les jours blanchis par le soleil, les rues envahies par la foule costumée où on se cache, se cherche, se perd, et la menace des mauvaises relations du père empêtré dans ses magouilles passées et présentes.

L’intérieur, c’est les couleurs chaudes du foyer modeste de Cambra, sa chambre d’ado en vrac, le hangar délabré qui sert de studio de danse. C’est le restau où père et fils se retrouvent pour un moment complices alors que derrière la vitre défilent les carnavaliers masqués et que se floutent les lumières de la fête. C’est surtout le cœur de tous ces personnages où s’agitent des sentiments violents, contradictoires qui ne se verbalisent jamais. Et d’abord ceux du mutique Cambra. Dans la belle scène finale alors qu’il danse devant ses parents, la tension de la situation inextricable dans laquelle, une fois de plus, le père s’est embringué, la complexité du drame qui se joue, passent exclusivement par les regards échangés.

La musique originale de Leonardo Martinelli, justement récompensé par le Festival International du film d’Aubagne, sert avec subtilité ce premier film très prometteur.

ELISE PADOVANI
Juin 2021

Karnawal Juan Pablo Félix (97’)

Photo @ Bikini Films