I Capuletti e i Montecchi à l'Opéra de Marseille : le belcanto triomphant

Karine Deshayes au sommet

• 26 mars 2017⇒4 avril 2017 •
I Capuletti e i Montecchi à l'Opéra de Marseille : le belcanto triomphant - Zibeline

Les faveurs du public marseillais avec le belcanto sont acquises depuis des lustres… Sur la Canebière, même les versions de concert des opéras de Donizetti ou Bellini font recette ! On y aime les lignes de chants élastiques, les prouesses vocales pyrotechniques… et l’on passe souvent sur la pauvreté harmonique d’ouvrages composés à la va-vite, de livrets peu consistants du point de vue dramatique… De fait, lorsque la direction artistique de l’Opéra de Marseille propose une mise en scène d’I Capuletti e i Montecchi (adaptation de Roméo et Juliette signée Bellini), les représentations font salle comble et obtiennent un réel succès. Nadine Duffaut découpe le plateau en deux plans : l’avant scène est essentiellement réservée aux cinq personnages principaux, tandis que dans l’arrière-plan s’étage la ville de Vérone (décors d’Emmanuelle Favre), derrière un voile, où l’on complote dans l’ombre et l’on combat dans un embrasement sanguin (lumières Katia Dufflot). Le Chœur de l’Opéra de Marseille, exclusivement masculin, y est remarquable, minutieusement préparé par Emmanuel Trenque. Le livret de Felice Romani est bien fade en regard de l’original shakespearien, cependant le final, au tombeau, conserve sa puissance dramatique, summum émotionnel des quatre représentations phocéennes.

IMG_7677 photo Christian DRESSE 2017

Sur le plateau, Karine Deshayes est au sommet : elle rayonne grâce à une exceptionnelle vigueur vocale, des aigus tranchants et déterminés et une incarnation totalement crédible dans le rôle du jeune Romeo. C’est techniquement et artistiquement rare ! Patrizia Ciofi recueille elle aussi sa part de succès dans le rôle de Giulietta, grâce à un formidable métier acquis sur les scènes mondiales. Toutefois, l’ensemble présente des fêlures d’autant plus probantes quand elles apparaissent, en contrechamp, dans miroir vocal que lui renvoie sa partenaire exceptionnelle : timbre voilé dans le médium, aigus au vibrato aléatoire. Le troisième personnage pourvu en aria par Bellini est Tebaldo. Le ténor Julien Dran s’y moule à souhait et se révèle être un magnifique interprète belcantiste : le timbre est franc, brillant, la ligne de chant sûre, de la déclamation en demi-teinte à l’aigu net et solide : c’est remarquable ! Les deux basses françaises Nicolas Courjal (Capellio) et Antoine Garcin (Lorenzo) imposent au plateau leurs présences scénique et vocale, indispensables à la réussite de l’ouvrage. Un beau bouquet de printemps !

JACQUES FRESCHEL
Avril 2017

I Capuletti e i Montecchi de Bellini a été représenté à l’Opéra de Marseille du 26 mars au 4 avril

Photos © Christian Dresse

Karine Deshayes se produira en récital à la Société de Musique de Chambre de Marseille le 20 mai 2017 (Amphithéâtre de la Faculté de Médecine)

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