Retour sur la 11ème édition de CineHorizontes

Kaléidoscope

Retour sur la 11ème édition de CineHorizontes  - Zibeline

Salles combles au Prado pour cette 11ème édition de CineHorizontes qui, du 9 au 17 novembre, à travers une quarantaine de films et grâce à la présence de nombreux cinéastes et comédiens invités,  a révélé la variété,  la richesse et la qualité du cinéma hispanique. Films revisitant l’histoire contemporaine. Sans illusion comme l’iconoclaste No de Pablo Larraín qui reconstitue la campagne électorale brillante d’un jeune publicitaire en faveur du non au régime de Pinochet dans un Chili moderne gagné aux sirènes de la consommation ( cf ici). Bouleversant, comme 30 años de oscuridad du jeune Manuel H. Martin qui revient sur le sort des républicains n’ayant pu quitter le pays après la victoire de Franco, cachés comme des taupes (Los topos) jusqu’à l’amnistie, quand on ne les a pas découverts et garrotés avant. On y suit le destin de Manuel Cortés, maire de Mijas, emmuré vivant, trente ans durant, dans sa maison, devenu un fantôme, protégé par l’amour de sa femme, de son père puis de sa fille, tous terrorisés par ce terrible secret. Pour reconstituer cette horreur se juxtaposent un dessin expressionniste, brun et noir à la manière de Valse avec Bachir, le témoignage à la première personne de la petite fille de Manuel, les précisions à la troisième de deux spécialistes du sujet. La vidéo en noir et blanc de Cortés et de sa femme vieillis marchant enfin au grand jour est un happy end bien amer. L’horreur «pour de rire» conjure la véritable ; elle se cache parfois sous votre lit comme dans Mientras duermes, thriller de Jaume Balagueró où le grand acteur galicien Luis Tosar incarne un monstre patelin aux yeux doux, concierge pervers et machiavélique qui détruit minutieusement le bonheur des autres. Parfois, elle est là, bien réelle, dans la chambre d’une petite fille, Silvia, en la personne qui l’aime le plus au monde, son père (Luis Omar dit avoir eu là le rôle le plus difficile de sa carrière). Des années durant, il va abuser de sa fille, dans le silence, complice de la mère. No tengas miedo de Montxo Armendáriz, remarquablement interprété, est un film nécessaire, fait pour aider celles qui, comme Silvia ont connu ce drame.

Quand l’horreur  est économique, elle devient objet de satire pour Alex de la Iglesia construisant sur un scénario rocambolesque, un film à la Billy Wilder, corrosif à souhait, qui dénonce par l’absurde, les gags, la caricature, les jeux du cirque de notre société médiatisée : La Chispa de la vida (le peps de la vie en français) slogan inventé par Roberto, publicitaire au chômage prend un tout autre sens lorsque après une chute dans un théâtre romain en chantier, bloqué par une barre de fer qui lui rentre dans la tête, il négocie son agonie. Unité de lieu, de temps, d’action, une farce tragique impeccablement mise en scène, à l’issue forcément fatale pour le protagoniste mais qui s’offre le luxe par le geste final de la veuve donnant un coup de pied à une valise de deux millions d’euros, de faire triompher la dignité, l’amour et la compassion. Un choix improbable diront les pessimistes mais auquel on a tant envie de croire comme seul acte de révolte possible.

ELISE PADOVANI

Novembre 2012

 

CinéHorizontes a eu lieu du 9 au 17 novembre 2012.

Horizontes del Sur
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