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Vu par Zibeline

Quel Amour !? Riche exposition à voir jusqu’au 2 septembre au musée d'art contemporain de Marseille

Kaléidoscope amoureux

• 10 mai 2018⇒2 septembre 2018 •
Quel Amour !? Riche exposition à voir jusqu’au 2 septembre au musée d'art contemporain de Marseille - Zibeline

Quel Amour ?!, la nouvelle exposition du musée d’art contemporain de Marseille, bel atout de MP2018.

On ne sait pas si c’est sa préférée, mais la voix d’Éric Corne, commissaire de l’expostion, monte d’un cran dans l’enthousiasme lorsqu’il s’arrête devant Oedipus and the Sphinx after Ingres, « œuvre majeure de Francis Bacon », qui figure en bonne place dans son exposition. L’homme au pied blessé, symbole du désir interdit fouaillant tout être humain… Artiste lui-même, le commissaire a conçu un parcours à deux entrées, au propre comme au figuré. Quel Amour ?! est un hommage à ce qui ne plie pas dans l’appétit de vivre, ce qui résiste aux diktats, aux normes, aux stéréotypes, ce qui fendille le Moi ; tout autant qu’aux tendresses et à ce qui peut relier les individus. Le dispositif permet « aux couples d’accéder chacun par un côté, et de se retrouver au milieu… ou pas ».

Éric Corne a ajouté un point d’interrogation à l’exclamation qui ponctue le thème de MP2018, Quel Amour !, « pour sa notion supplémentaire de surprise ». Depuis le 14 février, lancement de l’événement culturel sur le territoire de la métropole Aix-Marseille et du pays d’Arles, le sentiment amoureux a été décliné sous bien des formes, sans jamais que les diverses propositions ne fassent le tour de l’inépuisable sujet. Son travail s’en approche indéniablement, de par son ampleur et sa richesse. Volupté, fantasme, fragilité, consolation, discordance, violence, désamour… Tout y est en germe, au visiteur du [mac] d’amener avec lui ce qui l’étreint, et de repartir avec d’autres élans.

Œuvres majeures, détails croustillants

Bien sûr, on retiendra les pièces maîtresses de l’exposition : devant le musée, les poignantes Mains de bienvenue de Louise Bourgeois ; à l’intérieur, le gigantesque cœur animé, fait de couverts en plastique rouge, conçu par Joana Vasconcelos ; la fresque géante de Gérard Fromager, scène débridée de sexe collectif sur plus de 30m2 ; la terrible sculpture de mante religieuse réalisée en bronze par Germaine Richier

On s’attardera également devant les chimères d’Annette Barcelo ou de Mohamed Ben Slama (l’animalité semble avoir inspiré bien des artistes), les fauteuils dos à dos de Claude Lévêque, avec le mot « désert » en surplomb, ou encore le film en noir et blanc de Chantal Akerman, Dans le miroir. L’amour peut être narcissique.

Mais il faudra aussi se pencher sur les lettres sélectionnées, pleines de grands sentiments depuis longtemps prisonniers du papier : Arletty écrit à son bel officier allemand Hans Soehring en 1947 : « J’ai mal et j’espère ». Parfois assaisonnées d’humour : au détour d’une missive, Juliette Drouet demande à Victor Hugo de lui rendre sa culotte. Ou carrément torrides : Guy de Maupassant rédige une ode truculente à l’attention d’une prostituée.

Photographies en force

Le plus marquant, peut-être, de l’exposition, est dû aux photographes. Sans doute un effet collatéral de notre époque saturée d’images : la vision sans filtre d’une autre humanité nous touche d’une manière particulière. Ou simplement le goût très sûr du commissaire pour cette forme d’art. Une fois dépassées les miniatures d’Antoine d’Agata qui invitent ostensiblement au voyeurisme, quelle douceur dans les tirages de Michèle Sylvander ! Un jour mon prince viendra, s’intitule l’émouvant portrait, de dos, d’une femme à la couronne de cheveux grisonnants. Chance meeting, la série narrative de Duane Michals, serre également le cœur en six prises de vue : deux hommes se croisent dans une allée, mais quand l’un regarde l’autre, il s’est déjà détourné.

Sur un cliché de Todd Hido, une jeune femme au genou ensanglanté remonte ou baisse ses collants, on ne sait. Un crépuscule américain dans ce qu’il a de plus banal, de plus brutal. Son mascara coule. Ses larmes, la délicatesse de son geste parlent d’un au-delà de la violence, de ce qui reste vivant malgré la douleur. L’une des métaphores de l’amour ?

GAËLLE CLOAREC
Mai 2018

Quel Amour !?
jusqu’au 2 septembre
[mac], Marseille
04 91 25 01 07
culture.marseille.fr

Le catalogue de l’exposition est paru chez Manuella Éditions, au prix de 30 €.

Illustration : Oedipus and the Sphinx after Ingres de Francis Bacon, huile sur toile, 1983, 198 x 147,5 cm


M­­­­­­us­ée d’Art Contemporain – [mac]­ ­
69 avenue de Haïfa
13008 Marseille
04 91 25 01 07
www.marseille.fr