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L'Orchestre Philharmonique de Marseille et le pianiste David Kadouch brillent à La Roque d'Anthéron

Kadouch, l’âge mûr !

• 5 août 2016 •
L'Orchestre Philharmonique de Marseille et le pianiste David Kadouch brillent à La Roque d'Anthéron - Zibeline

Le chef américain Lawrence Foster se plaît à présenter ce programme original : Tchaïkovski et son célébrissime Concerto n°1 pour piano, entouré de deux monuments américains: Copland et Gershwin. Foster rappelle que Tchaïkovski inaugura, par un concert de musique russe, le Carnegie Hall de New-York en 1891, d’où le choix de ce programme croisé! On attendait David Kadouch, 31 ans, dans cet incontournable du répertoire romantique. Le pianiste dominera, de bout en bout, les difficultés de la partition. Le Français a atteint une maturité impressionnante, depuis son premier enregistrement prometteur de 2007 (Concerto l’Empereur de Beethoven) jusqu’au très beau CD, issu d’une captation à La Folle Journée de Nantes en 2016 (Schumann, Bartók, Janáček). Les grands accords du piano de l’introduction, après l’appel des cors, sont puissants : engagement immédiat, contraste saisissant dans l’écriture entre le legato velouté des cordes et ces grandes envolées staccato du piano ! Mais Kadouch sait aussi lâcher le son dans un Andantino semplice pianissimo à couper le souffle ; orchestre et pianiste sont en fusion et les interventions de chaque soliste ou pupitre de l’Orchestre Philharmonique de Marseille sont brillantes. L’Allegro con fuoco permet au pianiste de libérer des sauts d’octaves étourdissants : superbe technique ! En bis, un sublime Clair de lune de Debussy : toucher impressionniste… comme des gouttes d’eau posées avec délicatesse… fascinant !

Lawrence Foster, cabotin et généreux, présente la seconde partie, consacrée à des musiques américaines : le ballet Rodeo et autres moins célèbres de Copland et Un Americain à Paris de Gershwin. Il raconte, face public, les rencontres Ravel-Gershwin et Nadia Boulanger-Copland à Paris avec de croustillantes anecdotes et se plaît à rappeler aussi la saison exceptionnelle du Philharmonique de Marseille: opéras, concerts, tournée en Allemagne, enregistrement… Le chef a donné un élan incroyable à la formation phocéenne et les progrès sont considérables : il tient ses troupes qui le lui rendent bien ! L’écriture de Copland est ample, syncopée, les vents et percussions prédominent pour colorer un orchestre très performant. Un Américain à Paris s’ouvre sur les déambulations de ce touriste américain : les sons des klaxons des taxis parisiens accompagnent un thème en septième descendante, inondant la première partie, avec un xylophone sautillant… alternance d’intensité, de rythmes dans un grand tourbillon sonore ! Une deuxième partie, lente et délicate, étirée, donne la part belle aux cordes, subitement contrariée par une danse : on croirait revoir Gene Kelly en personne, danser en claquettes (cf. la comédie musicale de 1951, issue du poème symphonique du maître de Broadway). La flânerie reprend par un solo de violon, coupé par les dissonances ironiques du tuba, suivi d’un immense embouteillage de palettes sonores, croches, doubles croches virevoltent ; ballade et blues se croisent pour un dernier clin d’œil. Foster est dans son élément, il jubile avec l’orchestre et la promenade se termine, avec l’insouciance et la maîtrise musicale d’une très belle interprétation.

YVES BERGÉ
Août 2016

Festival International de piano de La Roque d’Anthéron, jusqu’au 18 juillet
www.festival-piano.com
Récital : David Kadouch & Orchestre Philharmonique de Marseille, dir. Lawrence Foster.
info@festival-piano.com
Tél : +33 (0)4 42 50 51 15

Crédit photo : Maud Delaflotte