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Vu par Zibeline

Le Stabat Mater de Dvořák dirigé par Laurence Equilbey à l'Opéra de Montpellier dispense une émotion profonde

Juxta crucem

Le Stabat Mater de Dvořák dirigé par Laurence Equilbey à l'Opéra de Montpellier dispense une émotion profonde - Zibeline

Il faut dire qu’elle la connaît, cette œuvre, qu’elle a enregistrée avec son chœur Accentus et Brigitte Engerer au piano, puis joué avec l’Orchestre de chambre de Paris. Elle sait que son chemin, qui débute au pied de la croix dans une douleur absolue, passe par la tentation du désespoir, par l’affliction, la compassion, la salvation et la rédemption, en fait une œuvre dramatique, opératique, qui lui permet d’être transposée en tableaux. Elle sait aussi rendre chacune des émotions, en modulant les tempi et les équilibres entre les solistes et les chœurs, mais aussi en laissant enfler l’orchestre quand il doit impressionner, en le colorant subtilement lorsqu’il est d’un romantisme plus intime, en faisant entendre les structures dans les passages plus abstraits.

À Montpellier, c’est l’Orchestre National qui joue, et on croirait entendre Engerer, son toucher analytique, ses emportements, ses piani : un instrument unifié, qui dispense la musique pensée ensemble. Les deux chœurs associés, celui de l’orchestre et Accentus, ne forment qu’une voix tout aussi homogène, et puissante. Les solistes très internationaux (la soprano finlandaise Helena Juntunen, l’alto polonaise Agata Schmidt, le ténor turkmène Dovlet Nurgeldiyev et la basse biélorusse Ilya Silchukov) ont des voix jeunes, lyriques sans excès de pathos, se fondant dans la masse chorale lorsqu’il le faut, dialoguant à merveille dans les quatuors et trios, laissant le champ libre à l’émotion dans leurs morceaux de bravoure : un plateau de rêve !

Quant à la mise en scène, elle a le mérite d’exister : dramatiser le Stabat Mater, son cheminement, est une idée formidable. Surtitrer son latin et procéder par tableaux qui évoquent les états émotionnels est un choix juste. Les deux metteurs en scène, Sandra Pocceschi et Giacomo Strada, formés avec Romeo Castellucci, fabriquent des images surprenantes, très éloignées des conventions opératiques. Parfois superbes, comme au début où une femme nue traverse très lentement la scène mouvante agitée par les chœurs qui, dessous, chantent ; parfois kitchissimes, comme lorsque le quatuor de chanteurs, pour figurer le nihilisme, débarque en punks, crêtes rouges, tee-shirts No future et kilts à carreaux. Les vidéos sont déconcertantes, au sens propre : on y perd l’attention au concert, et les voix, en coulisses durant tout le sublime premier mouvement, sont étouffées. Alors que le dernier mouvement, où les chœurs et les solistes s’assemblent à l’avant-scène, fait véritablement frissonner : parce que l’Amen qui se ralentit et s’éteint, en attente du paradis évoqué, est enfin entendu à pleines voix…

AGNÈS FRESCHEL
Février 2017

Le Stabat Mater de Dvořák a été créé à l’Opéra de Montpellier du 31 janvier au 3 février
Photographie Stabat Mater © Marc Ginot


Opéra Orchestre National de Montpellier
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