Le dernier ouvrage de Chantal Thomas : une ode aux souvenirs de l’enfance, de la mer, de la nage

« Jubilation en mode nageur »Lu par Zibeline

Le dernier ouvrage de Chantal Thomas : une ode aux souvenirs de l’enfance, de la mer, de la nage - Zibeline

C’est cette euphorie de la nage, « cette autre manière d’exister, dans l’abandon, la déprise », c’est la « confiance totale accordée à l’eau, une confiance indissociable d’un sentiment d’amour » qu’évoque Chantal Thomas dans ses intenses et sensuels Souvenirs de la marée basse. Le roman, très autobiographique, se décline en une série de courts chapitres, flashs mémoriels, capsules de sensations, d’anecdotes, qui sont comme ces coquillages brillants, ces os de seiche immaculés que la mer abandonne en refluant et que Chantal enfant se plaisait tant à observer à ras de sable, alors qu’elle ne faisait encore que ramper. Des plages, des rivages. Ceux d’Arcachon d’abord, dans l’ « univers mouvant » du Bassin, propice à toutes les métamorphoses, à toutes les imaginations. Un monde de flux et de reflux, qu’envahissent l’été « les enfants d’ailleurs » et les familles bien comme il faut. Ceux de la Côte d’Azur plus tard, qui plongent dans « le bleu intense et comme vernissé » de la Méditerranée. Que ce soit dans l’océan ou dans la mer, la narratrice se délecte de « ne faire qu’une avec l’eau qui glisse entre les doigts, avec le sable qui s’écoule ». En cela, elle suit les traces de Jackie, sa mère. Celle-ci n’a-t-elle pas, dans son adolescence, osé nager dans le Grand Canal du château de Versailles ? Nager semble d’ailleurs être la seule véritable passion de cette femme-enfant fantasque et déterminée. Ce qu’elle a transmis à sa fille ? Le goût du bain de mer, du sentiment d’infinie liberté qu’il procure, « l’énergie d’un sillage qui s’inscrit dans l’instant ». Le récit, au fil de brèves évocations en apparence discontinues (comme le sont les bribes de souvenirs), tisse subtilement l’histoire du lien indéfectible qui unit une fille à sa mère. Malgré les silences, malgré les absences. Colette et Sido hantent les pages de ce texte lumineux, comme le font aussi les esprits libres du XVIIIe siècle que l’essayiste Chantal Thomas côtoie depuis longtemps. Quel bonheur que de plonger dans ces eaux accueillantes, tandis que l’été doucement reflue et que bientôt les bains de mer sembleront loin.

FRED ROBERT
Septembre 2017

Souvenirs de la marée basse Chantal Thomas
Éditions du Seuil, 18 €

Les Correspondances
20 au 24 septembre
Manosque
04 92 75 67 83 correspondances-manosque.org

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