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Amor Fati – Carte blanche à JR, jusqu’au 13 mai au J1, sur le port de Marseille

JR au J1

• 14 mars 2018⇒13 mai 2018 •
Amor Fati – Carte blanche à JR, jusqu’au 13 mai au J1, sur le port de Marseille - Zibeline

Un jour à Clichy-Montfermeil, au Brésil, au Kenya, un autre à Ellis Island, au Louvre ou à Los Angeles pour son documentaire Visages, Villages co-réalisé avec Agnès Varda, nominé aux Oscars, JR est une des rares stars française de la scène artistique internationale. Aujourd’hui il est à Marseille, une ville qu’il connaît bien pour s’être intéressé à l’identité du quartier La Belle de Mai, son histoire et ses habitants, dans le cadre de son projet au long cours Unframed*. Invité par MP2018, il s’est installé au hangar portuaire du J1 pour lequel il a imaginé une installation monumentale, Amor Fati, mise en scène et en images de l’amour porté par la cité phocéenne à la mer et aux voyages.

Déjà, en 2013, en collant le portrait d’une inconnue sur le mur emblématique de la Corniche  Kennedy, là où s’imposait avant celui de Zidane, il rappelait « l’éternelle ouverture de Marseille sur le monde ». Cette fois il en souligne le goût du départ, à travers un parcours qui est aussi mental, introspectif.  Il s’agit pour le visiteur de se faire tirer le portrait dans un photomaton -les yeux seulement, deux fois-, de fabriquer un petit navire, puis d’entrer dans la pénombre de l’installation : des passerelles de métal surplombent un immense bassin où les bateaux de papier naviguent vers l’horizon marin, regard multipliés de voyageurs anonymes. La pénombre, le silence, l’immensité sensible autour du hangar et du port invitent à un voyage intérieur, mais aussi à arpenter la mémoire enfouie du lieu, celle de tous les voyages, et de tous les départs…

En sortant, il faut aller s’installer devant Ellis, un film où JR évoque les migrants passés par Ellis Island, et tous les fantômes qui n’ont pas réussi à aller jusqu’à Manhattan si proche. Robert de Niro, errant, son visage et ses mains familiers et vieillis, sa voix off, la neige, les visages collés sur les murs et au sol, la musique, l’histoire évoquée, tout y est émouvant, éclairant le propos d’Amor Fati, où il est aussi question de la douleur de l’exil.

Une installation et un film qui disent le talent de JR, subtil, renouvelé, empathique avec les âmes qui peuplent les mémoires et l’histoire. Bien loin du personnage un brin désagréable, lunettes noires et chapeau vissé sur la tête, qu’il impose aux médias comme une marque déposée dissimulant, et médiatisant, un artiste de grand talent.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI et AGNES FRESCHEL
Mars 2018

*Unframed, Belle de Mai / Marseille, éd. Alternatives, décembre 2013.

Amor Fati – Carte blanche à JR
jusqu’au 13 mai
J1, Marseille
mj1.fr

Photo : AMOR FATI – J1 © JR-ART.NET