Vu par Zibeline

L'amour à Marseille, façon Drive in

Joyeux diesel

L'amour à Marseille, façon Drive in - Zibeline

Le projet artistique pluridisciplinaire Maravilloso, concocté par L’Officina-Dansem, Parallèle, Hydrib et le Festival de Marseille, s’est tenu durant la première quinzaine de mai dans la cité phocéenne. Avec une démarche qui consistait à sortir des sentiers culturels rebattus, le public a vécu plus d’une expérience étonnante. Notamment un Drive in intermittent, projeté sur des voies passantes, à l’attention des automobilistes arrêtés aux feux rouges.

Le 12 mai au soir, une série de témoignages sur grand écran allume des regards de surprise à l’angle de la Place Jean Jaurès et de la rue des Trois Mages : 68 vignettes centrées sur la question épineuse de l’amour, le thème de MP2018. « C’est quoi, pour vous ? » demande le vidéaste. « Y a pas d’amour ; y a que le profit maintenant ! » rétorque l’interviewé. Des curieux à la démarche aléatoire quittent le bar voisin, sans lâcher leur verre, pour venir voir. Les feux sont très courts, la lumière rouge relance l’image qui s’interrompt lorsque c’est vert : à l’écran, un touriste japonais enthousiaste entonne vigoureusement une romance, sur l’amusant principe du micro trottoir. L’Amour ? « Je ne comprends pas ce genre de mots », dit l’une. « C’est un fleuve à la frontière entre la Russie et la Chine », rappelle l’autre. Une femme, sans doute enivrée par le concept, ouvre grand ses bras aux éboueurs de passage, qui la regardent éberlués depuis le marchepied de leur véhicule. Des artistes en combinaison bleue floquée Love Drive, guirlande lumineuse autour du cou -il ne faudrait pas qu’on les écrase !- distribuent des feuillets pour expliquer la démarche. Un scooter recule pour avoir un meilleur angle de vision. Les pots d’échappement dégazent, il commence à bruiner, mais les techniciens ont prévu des bâches pour couvrir le matériel électronique, et la projection se poursuit, ce sont les aléas du direct. « Tout est contre l’amour, tout est fait pour ne pas aimer » philosophe un inconnu, tandis qu’un autre évoque le mot de Schopenhauer : « C’est un piège tendu aux individus pour perpétuer l’espèce ! ». Un jeune homme relativise : « Même si ça ne va pas jusqu’au lit, on peut échanger énormément ».

Voilà qui est rassurant : sur l’échantillon de marseillais auquel l’équipe de Iacopo Fulgi a tendu son micro, tous ne sont pas irrémédiablement circonspects face au sentiment amoureux. Une belle jeune fille fait même une réponse de bergère au berger avec une verve toute méridionale : « Sérieusement, est-ce que vous vous rendez compte de ce que vous demandez ? Moi aussi je peux vous poser des questions qui mettent mal à l’aise ! Vous avez déjà été amoureux, vous ? »

GAËLLE CLOAREC
Mai 2018

Deux projections de Love drive in Marseille ont eu lieu les 11 et 12 mai. Écoutez aussi notre reportage sur la marche de « L’Uomo che cammina » imaginée à Marseille par le collectif italien DOM dans le cadre de Maravilloso.

Photo : Love drive in Marseille -c- G.C.