Le 2 août, Boris Berezovsky tient public de La Roque d’Anthéron sous le charme

Joyeux anniversaire Monsieur René Martin !Vu par Zibeline

Le 2 août, Boris Berezovsky tient public de La Roque d’Anthéron sous le charme - Zibeline

Fidèle d’entre les fidèles du festival international de piano de La Roque d’Anthéron, Boris Berezovsky était attendu avec l’impatience des enfants un jour de fête. Et le rendez-vous dépassa toutes les espérances. Fluidité, finesse, légèreté, intelligence subtile des partitions, tout se conjuguait pour un temps suspendu dans lequel le pianiste nous conviait, captivés par un jeu aussi précis et éloquent qu’aérien et délicat. Très mozartienne, la Sonate n°1 opus 2 en fa mineur que Beethoven dédia, ainsi que les sonates n° 2 et 3, à son maître Joseph Haydn (ce dernier lui aurait dit à l’écoute de ces jeunes œuvres « vous ne manquez pas de talent, mais il faut encore vous instruire »), était amorcée avec une étonnante douceur. Les mesures initiales imprégnées de la clarté de l’écriture de Bach, ouvrent le premier mouvement en forme de sonate et trouvent leur écho dans la réexposition, nourri des séries de gammes descendantes du second thème. La composition se fait lyrique, multiplie les détours, sème trouvailles et élans en une luxuriance exubérante, se clôt par un finale brillant. La Sonate n°2 en la majeur s’irise d’un art de la joie, pastiche les études pour main gauche et main droite, décline avec une tendre espièglerie ses notes lumineuses, tisse une trame de quatuor dans le Largo appassionato, dessine les prémices des grandes compositions à venir. Ces œuvres de jeunesse interprétées par un musicien au sommet de son art gardent toute leur émouvante fraîcheur et laissent entrevoir, grâce à l’élégante perspicacité du pianiste, la verve du compositeur, son bonheur communicatif de jouer (Beethoven était un virtuose accompli) et leur caractère novateur et profond.

La littérature rejoint la musique dans les Années de Pèlerinage de Liszt qui correspondent aux voyages qu’entreprit le compositeur avec Marie d’Agoult. Les amants arpentèrent la Suisse et l’Italie, confrontant la beauté des paysages et des œuvres d’arts à la philosophie, la poésie… Cette fusion entre amour et spiritualité se voit transcrite dans les pages du musicien.

Supplément à la deuxième année de pèlerinage en Italie, Venezia e Napoli évoque des thèmes populaires dans une écriture flamboyante. Gondoliera d’après un thème de Cavaliere Peruchini (La biondina in gondolia) se déploie avec une délicate sobriété avant de s’envoler en un déluge d’arpèges et de trilles puis se rasséréner comme embarqué pour un départ lointain. Canzone sur un motif d’Otello de Rossini, Nessun maggior dolore, bouleverse. Enfin, la Tarentella, cette danse traditionnelle censée soigner par sa transe les maux infligés par la morsure de la tarentule, s’avive sous la plume virtuose de Liszt, éblouit par son éblouissante variété, met un point d’orgue au concert… Mais il est impossible à l’artiste de nous quitter. Retenu par les applaudissements enthousiastes, il offre généreusement une série de rappels qu’il puise dans le répertoire du jazz, dédiant malicieusement le premier morceau à René Martin (directeur du festival) dont c’est l’anniversaire : Child is born d’Oscar Peterson, puis enchaînant avec un somptueux Tigger rag d’Art Tatum, un Tea for two de Youmans renouvelé avec une éclatante maestria, et Oh Danny Boy (Londonderry Air) qui scelle les dernières minutes de l’enchantement par sa blue note. Rien n’est inaccessible à ce géant du festival !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2021

Concert donné le 2 août, auditorium du parc de Florans, dans le cadre du Festival international de piano de La Roque d’Anthéron  

Photographie : Boris Berezovsky ©  Valentine Chauvin