Une belle fougue lyrique au programme des concerts du Festival d’Aix

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Une belle fougue lyrique au programme des concerts du Festival d’Aix - Zibeline

La dernière semaine du Festival d’Aix en Provence a été éclairée par deux concerts illustrant – s’il est besoin de leur trouver un point commun – les fougues de la jeunesse et le bonheur de la transmission musicale. L’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée a fait entendre le 21 juillet une nouvelle fois la qualité couronnant le travail conduit depuis de nombreuses années par ses chefs successifs et par Duncan Ward en 2020. Tuxedo Vasco « de » Gama de Hannah Kendall, d’abord, une courte pièce de cette jeune compositrice américaine écrite en 2020 en hommage à Jean-Michel Basquiat. Pleine de créativité, la partition séduit dans sa recherche de sonorités originales (ressorts, boîte à musique, etc.) et une dissonance maîtrisée par des moments d’une poésie plus fluide. Le tout met en évidence le talent de Duncan Ward pour la superposition des timbres orchestraux, un talent qui éclate encore davantage dans le très célèbre Tombeau de Couperin de Maurice Ravel, où l’orchestre, pourtant en un effectif assez réduit (Covid-19 oblige) excelle à restituer la magie impressionniste des timbres et des sonorités de cette partition écrite pour honorer des amis tombés au cours de la guerre de 14-18.

Avec Folk songs, c’est l’inspiration folkloriste de Luciano Berio, à son tour, que l’orchestre fait entendre, assez loin de ses travaux expérimentaux. Dans une série de thèmes traditionnels arrangés pour orchestre, La mezzo Anna Stéphany donne la pleine mesure d’un timbre chaud, sachant restituer l’humour et la fantaisie de certains couplets, sans sous-estimer sa capacité à chanter en dialecte sicilien, comme en arménien ou en sarde. Puis c’est sous le signe de la réhabilitation d’une compositrice trop méconnue que se place la seconde partie du concert : la Troisième symphonie en sol mineur de Louise Farrenc ressuscite le souvenir de cette professeure de piano, élève d’Antoine Reicha, qui disparut en 1875. La facture de la pièce, véritablement beethovenienne dans le premier mouvement ou dans le scherzo, rappelle qu’Antoine Reicha fut l’ami du grand Beethoven, tandis qu’un très bel adagio du second mouvement rappelle – peut-être –  le Mozart de la Gran Partita. Sans se limiter à illustrer la copie de modèles, l’OJM, même en effectif réduit, sait toutefois rendre hommage à la force dramatique, au sens de la construction et à l’ardent lyrisme de la compositrice, partout perceptible.

Tout autre était, vendredi 23 juillet le récital donné par Jakub Józef Orliński, contre-ténor polonais, dans l’auditorium du conservatoire Darius Milhaud, plein à craquer. En costume lie-de-vin et loin des baskets et bermudas d’une vidéo qui contribua beaucoup à sa notoriété sur internet, le jeune homme retarde de quelques minutes son entrée en scène réclamée par les applaudissements du public, avant de faire entendre un programme extrait d’œuvres sacrées, oratorios ou messes du siècle baroque italien.

Souriant, espiègle, visiblement enchanté de retrouver son public aixois, Orlinski séduit d’abord par un timbre d’une grande richesse, par une agilité remarquable, par une tessiture contrôlée jusque dans les graves, mais surtout par une profonde connaissance de sa musique lorsqu’il évite, en connaisseur, les afféteries de lyrisme. Il donne à cette musique parfois bavarde, construite ou ornementée jusqu’au vertige, la profondeur de teintes variées – « I wish to share different colors, in an operatic way », expliquera-t-il entre deux airs avec la générosité qui le caractérise. Dans l’élégie de La Giuditta de Francisco de Almeida, comme dans la fougue de la Maria Vergine al Calvario de Gaetano Schiassi, le contre-ténor s’affirme ici non seulement virtuose dans la musique qu’il interprète, adoptant le même débit que le violon dans le Beatus vir psaume 111 de Vivaldi, ou triomphant des articulations de la Messa a cinque voci de Davide Perez. Mais aussi comme un formidable passeur de cette musique, lorsqu’il souligne l’effet d’une cadence rompue d’un sourire, ou s’attarde sur un point d’orgue, transmettant ainsi ses effets, ainsi qu’un désir évident de la faire aimer. Il faut enfin souligner enfin le merveilleux écrin de cette voix hors pair, en la présence de l’ensemble Il Pomo d’oro, dont la précision, l’élan sensible et l’écoute impeccable, ont rutilé partout dans les pièces instrumentales, dans les passages en fugato du Concerto a quattro de Galuppi comme dans la superbe Chaconne en la majeur de Giuseppe Brescianello.

ETIENNE LETERRIER
Juillet 2021

Photos
Anna Stéphany & Duncan Ward ©  Vincent Beaume
Jakub Józef Orliński (répétitions Aix-en-Provence, 2020) © Vincent Beaume

Conservatoire Darius Milhaud
1 avenue Malherbe
13100 Aix-en-Provence
04 42 38 76 28
www.aixenprovence.fr

Festival International d’Art Lyrique d’Aix en Provence
0820 922 923
http://www.festival-aix.com/

Grand Théâtre de Provence
380 Avenue Max Juvénal
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
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