Vu par Zibeline

Le personnage de la poissonnière fait partie des clichés marseillais, Edmonde Franchi d’en empare avec brio

Jouer du cliché

• 4 octobre 2016⇒7 octobre 2016, 14 octobre 2016⇒15 octobre 2016, 18 novembre 2016, 23 novembre 2016, 28 novembre 2016, 10 mars 2017 •
Le personnage de la poissonnière fait partie des clichés marseillais, Edmonde Franchi d’en empare avec brio - Zibeline

Elle s’est préparée pour l’interview télévisée qui l’a prise comme modèle type de la poissonnière marseillaise. On aime bien faire goûter le terroir à la télé, donner de l’authentique… Aussi, elle s’est apprêtée pour l’occasion, depuis les sandales de cuir, (celles qu’elle ne porte pas dans la vraie vie parce qu’elles sont belles et qu’elle ne veut pas les user), à la coiffe prêtée par une amie… tablier ‘Souleiado’, petit châle copie du XVIIIème, maquillage discret (« c’est ce que vous aviez demandé… Il est discret n’est-ce pas ? »)… Tout pour « se la jouer » Alida Rouffe… Vous ne la connaissez-pas ? Ah il faut tout leur dire à ces parisiens ! Heureusement que dans le public, on souffle, « celle qui joue Honorine, la maman de Fanny dans le film de Pagnol ». Une leçon d’accent apparaît nécessaire, non, le Marseillais ne dit pas « trôp », mais trop… Ah ! ces « gens du nord » qui confondent tous les suds, et mettent dans le même panier Toulouse et Marseille !

Elle, vous l’avez reconnue, c’est la mascotte du Toursky et de Marseille, Edmonde Franchi, costumée pour l’occasion en véritable santon de la crèche, la poissonnière. « Ces femmes jouent un rôle, confie-t-elle après le spectacle. Le langage et les intonations qu’elles emploient derrière leur banc est un acte théâtral, car elles ne parlent pas du tout de cette manière en privé ! ». Le nouveau spectacle de cette artiste amoureuse des mots, muse entre les codes. Seule sur scène, elle convie l’atmosphère du Vieux Port, les sons (comme celui, agressif, du magasin attrape touristes), les odeurs, les parlers des gens… cocasserie des accents, entre celui des bourgeoises aixoises, des touristes allemands, parisiens… lors de ses échanges avec une clientèle pas toujours facile. Une fresque se dessine, avec les vies des autres poissonnières… Elle se raconte, l’enfance dans le quartier du Panier, pas celui des bobos d’aujourd’hui, le vrai, le simple, le populaire, des Italiens, Corses, Espagnols, Arabes… puis ses amours, châlées jusqu’au cabanon (plus proche du « cafoutche » que de la cabane romantique) les familles, les relations de classe, entre la fille du pêcheur pauvre, (ah ! « saucer son pain dans l’ombre tournoyante du baccala ! »), et le fils d’employés municipaux… Les vœux formulés auprès de la Bonne Mère, pas par croyance en une divinité, mais parce qu’elle est une maman, et on va vers elle avec nos histoires, deuils, maladies, soucis, et des pois chiches crus dans les chaussures… Le langage marseillais revit, retrouve son statut de langue, avec ses degrés, ses registres, sa grammaire, sa syntaxe, se refuse au saupoudrage folklorique, retrouve son âme grâce à la magicienne qu’est Edmonde Franchi. Elle avoue d’ailleurs s’être livrée parfois à un véritable exercice de traduction, de recherche linguistique. « Puis des mots reviennent au fil de l’écriture, fragments de mémoire, de voix disparues »… On rit beaucoup, on savoure les termes, les trouvailles…certains spectateurs répètent des expressions, comme pour les déguster encore, retrouver un sel oublié. Gouaille, certes, mais aussi poésie, qui « pastisse le ciel », de ce beau monologue qui s’achève par une envolée lyrique qui nous emporte. Quelle performance !

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2016

La vraie vie d’Honorine est donnée dans la salle Léo Ferré du Théâtre Toursky du 4 au 7 octobre

À venir, dans le cadre des Tournées du Pays d’Aix :
14 octobre, Gréasque
15 octobre Beaurecueil
18 novembre Saint Estève
23 novembre Bouc Bel Air
28 novembre Saint-Paul les Durance
10 mars 2017 Rognac

Photographie : La vraie vie d’Honorine © Max Minniti


Théâtre Toursky
16 Promenade Léo Ferré
13003 Marseille
04 91 02 58 35
http://www.toursky.fr/