Vu par Zibeline

L'entrée en guerre de 14-18 vue par la Compagnie Cassandre

Jeux d’États

L'entrée en guerre de 14-18 vue par la Compagnie Cassandre - Zibeline

Tragiques « Jeux d’enfants » que ceux qui menèrent à la première guerre mondiale… La Compagnie Cassandre rend sensible « ces disputes de bac à sable »* dans son approche remarquablement documentée de la courte période de 38 jours qui précéda les débuts du conflit. Pas de conférence pontifiante cependant, comme l’incipit de la pièce pourrait le faire craindre, avec l’installation de la table, des micros, les essais, l’entrée des « spécialistes » sentencieux qui attendent avec impatience les retardataires. Poncifs, formules à l’emporte-pièce, graves hochements de tête, cèdent vite la place aux acteurs mêmes du conflit. Voilà, dans la foulée de l’attentat de Sarajevo, l’empereur d’Autriche-Hongrie, François-Joseph, qui veut faire preuve de fermeté et menace la Serbie, que défend la Russie, cette dernière soutenue par la France, elle-même liée à l’Angleterre par l’Entente cordiale, tandis que l’Allemagne s’engage à soutenir l’Autriche-Hongrie. Les comédiens sont tous excellents dans un exercice d’équilibre où la vérité des personnages historiques reste tangible jusque dans les traits forcés de la caricature. Le ton de la comédie domine, elle qui « au contraire de la tragédie qui écrase, n’empêche pas de réfléchir »*, et « permet d’éviter le côté commémoratif, d’une grand-messe nationale qui ne s’adresse qu’à l’affect »*. Le texte de Vincent Fouquet, dans une mise en scène d’une redoutable efficacité (Sébastien Valignat), conduit l’ensemble au vertige débridé des colères, depuis les aveuglements terrifiants, les rodomontades, les mensonges, les approximations, les fuites, les supputations diverses, les jeux d’alliances… « Personne ne voulait la guerre. L’affirmation du contraire est un mythe »*, qui participe de la propagande, comme celle, conçue par Edwards Bernays engagé par le président Wilson pour faire basculer l’opinion américaine et permit l’entrée des USA dans le conflit. Résonance glaçante avec notre actualité : cette nuit-là, on apprenait les frappes en Syrie…

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2018

* Propos tenus par la troupe lors du bord de scène après la représentation. 

Quatorze a été donné le 13 avril au Théâtre Durance à Château-Arnoux-Saint-Auban.

Photo : Quatorze © Pierre Grosbois


Théâtre Durance
Avenue des Lauzières
04160 Château-Arnoux-Saint-Auban
04 92 64 27 34
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