La Troupe Lyrique Méditerranéenne au Théâtre du Lacydon

«Jeunes et bô !»Vu par Zibeline

La Troupe Lyrique Méditerranéenne au Théâtre du Lacydon - Zibeline

En préambule à l’opérette, Jean-Marie Sevolker a précisé non sans humour, à propos de la Troupe Lyrique Méditerranéenne dont il est le parrain marseillais : «ils sont jeunes… et ils sont bô !». Sous-entendrait-il que ce n’est pas toujours le cas, dans un répertoire où, sur scène, l’âge des chanteurs a parfois tendance à se rapprocher de celui du… public ?

Bref, cette Périchole est la deuxième production de la sus-dite pimpante troupe, dont on avait vanté les mérites dans la première et récente L’Heure exquise (voir Zibeline n°56). Composée de chanteurs de la région PACA, placés sous la direction musicale de Valérie Florac, toute cette jeunesse a la volonté de proposer des spectacles en français et de faire revivre l’esprit des troupes d’antan, vivier de tant de talents révélés ! De surcroît, afin «de renouveler l’image de l’art lyrique», Mikhaël Piccone veut afficher des mises en scène «fraîches et actuelles». Ce fut le cas le 16 décembre dernier au Théâtre du Lacydon, ancienne chapelle transformée, dans les années 50, en salle de spectacle au pied de l’Hôtel-Dieu.

Leur Offenbach est bigarré, alcoolisé, rouge vif… On s’enivre au cabaret de trois sexy-cousines, sourit d’un clin d’œil aux Miss enrubannées de la reine-mère Geneviève de F… et s’esclaffe à la silhouette d’un D.S.K. factice, détenu en peignoir et cigare au bec, ne sachant plus pour quelle raison il a été jeté en prison… On s’amuse aux multiples décalages apposés au livret.

Sur scène, les trois principaux rôles, soutenus par un chœur nourri, sont à la hauteur de l’ouvrage. Mikhaël Piccone en vice-roi déjanté, intrigue sous divers postiches, tour à tour béatement amoureux, jaloux, puis magnanime, quand Pauline Triquet, belle nature, incarne la sensuelle «Chanteuse des rues» qui tire les fils de l’intrigue : de la «lettre», pastiche de l’abbé Prévost, à la «griserie» attendue… jusqu’à l’émouvant «aveu». C’est toutefois Guilhem Chalbos qui l’emporte à l’applaudimètre. De fait, le jeune ténor crève la scène grâce à son aisance scénique, une souplesse féline et un sens spontané du comique magnifiant le personnage tendre et drôle de Piquillo.

C’est avec Orphée aux Enfers d’Offenbach que la T.L.M. compte franchir un échelon supplémentaire vers l’accomplissement scénique : le 14 avril prochain. On y sera !

JACQUES FRESCHEL

Janvier 2013