Les solos d'Adonis Nebie et Fatoumata Bagayoko aux Rencontres à l'échelle, à Marseille

Jeune AfriqueVu par Zibeline

Les solos d'Adonis Nebie et Fatoumata Bagayoko aux Rencontres à l'échelle, à Marseille - Zibeline

Dans des solos lumineux, graves et intimes, les chorégraphes Adonis Nebie et Fatoumata Bagayoko chassent leurs démons.

C’est lors d’un festival à Bamako que Julie Kretzschmar, directrice artistique des Rencontres à l’échelle, découvre la puissance chorégraphique de Spirit, solo du Burkinabé Adonis Nebie, danseur déjà reconnu. Dos au public, face à des fils tendus sur lesquels sont accrochés des bouts de tissus tels des serpentins, le danseur est nu. D’abord convulsifs et concentrés sur certaines parties de son corps -épaules, pieds, fesses- ses mouvements deviennent plus amples. Et de se lancer dans une lutte contre un adversaire invisible à moins que cette force qui l’agresse et à laquelle il répond ne vienne de lui-même. D’une rage incontrôlée à la cause inconnue. Après quelques pas, c’est systématiquement la chute, à genoux, dont il peine à se relever. Mais Nebie, porté par les polyphonies corses d’A Filetta auxquelles succéderont des psalmodies coraniques, retrouve l’énergie créatrice qui plonge l’artiste guerrier dans une course circulaire, des étoffes plein les bras.
Le combat mené par Fatoumata Bagayoko est immédiatement plus identifiable. Guidé par une colère et motivé par sa propre expérience. Enfant excisée, la Malienne trentenaire affronte le poids de la tradition en lui opposant la légitimité des droits. La tête cachée sous un voile blanc, elle éclate des poches de sang qu’elle laisse dégouliner entre ses jambes comme pour exorciser son corps de l’acte qui l’a souillé. La mare rouge qu’elle piétine à présent symbolise la victoire de sa liberté et de son intégrité de femme. Saisissant.
LUDOVIC TOMAS
Décembre 2019

Spirit et Fatou t’as tout fait ont été présentés le 20 novembre au Zef, Marseille, dans le cadre du festival les Rencontres à l’échelle

Photo : Spirit ©Margo Tamizenew