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L'année Giono à Marseille : une magnifique exposition au Mucem

Jean Giono, les pieds sur terre et la tête dans les étoiles

• 30 octobre 2019⇒17 février 2020 •
L'année Giono à Marseille : une magnifique exposition au Mucem - Zibeline

Marseille et le Mucem inaugurent l’année Giono pour le cinquantenaire de sa disparition et célèbrent celui qui a toujours choisi la vie après avoir subi les atrocités de la guerre 14-18.

Jacques Mény, président de l’association des Amis de Giono, a suggéré à Jean-François Chougnet, directeur du Mucem, l’organisation d’une exposition pour que cesse le « malentendu provençal » qui a nui à la reconnaissance de Giono. En vérité il aurait aimé vivre en Écosse dont il appréciait les couleurs et le climat ! Sa Provence est celle des hauts plateaux arides qui exacerbent les passions. Emmanuelle Lambert, elle-même écrivaine, choisie pour assurer le commissariat de l’exposition, s’est immergée au Paraïs, dans sa maison à Manosque, aux côtés de ses livres et de ses objets. Le résultat de ses diverses collaborations est exceptionnel.

Dans le chaos

La première section de l’exposition couvre les années 1895 à 1939. Les visiteurs pénètrent une sorte d’obscur tunnel qui reconstitue une tranchée : là est né l’écrivain Giono. Il a 20 ans, il va voir mourir son meilleur ami. Jamais il n’oubliera, au point que bien des années plus tard, alors qu’il se promène avec ses filles, un bruit d’avion le fait se jeter au sol. Une installation du plasticien Jean-Jacques Lebel, La révolte contre l’ignoble, réunit des dessins d’Otto Dix et des sculptures de poilus sur des douilles d’obus. Après la guerre Giono retrouve son travail à la banque, se marie avec Élise Maurin, rencontre Lucien Jacques, se réfugie dans la lecture des textes anciens et publie successivement Le grand troupeau, qui évoque son expérience douloureuse, et la Trilogie de Pan qui exalte la nature. Les années 30 voient le début des déclarations pacifistes et antifascistes ; des tracts, des articles de presse en témoignent. Les Rencontres du Contadour réunissent ceux qui veulent s’opposer à la menace d’une nouvelle guerre et prônent la paix. En même temps, Marcel Pagnol adapte à l’écran les romans de Giono dont plusieurs extraits sont projetés.

Les années sombres

De grandes toiles de Bernard Buffet, ami depuis les années 50, inaugurent la section 2 de l’exposition intitulée Retour en enfer (1940-1946), série des années 70 sur le thème de L’enfer de Dante. Période marquée par deux emprisonnements : en 39, Giono est incarcéré au Fort St Nicolas pour avoir distribué des tracts pacifistes, puis en 44 près de Digne à la Libération. Lui étaient reprochées diverses publications dans des journaux collaborationnistes comme La Gerbe. Cependant des témoignages que l’on peut lire dans les vitrines prouvent que Giono a hébergé des résistants et des juifs. Malgré son interdiction de publications, Giono se plonge dans l’écriture -notamment son fameux Pour saluer Melville en 41- et la lecture. Une installation de la plasticienne Clémentine Mélois, Un cabinet d’amateur, montre avec humour les livres et les objets dont il s’entourait. De nombreux carnets de travail à spirales, des cahiers remplis d’une écriture fine à la plume et à l’encre interpelleront sûrement les visiteurs curieux qui constateront qu’au fil des années les pages sont de plus en plus denses.

Un nouveau regard

De 1946 à 1970, Giono renouvelle son regard sur les hommes. Cette dernière section présente une scénographie astucieuse de Pascal Rodriguez qui serpente à travers textes, images fixes et animées, multipliant les angles de vue et faisant miroiter toutes les facettes kaléidoscopiques de l’œuvre de Giono. Les Chroniques romanesques en témoignent, notamment Un roi sans divertissement, écrit sans plan, d’un seul jet, en 40 jours, paru en 47, puis le Cycle du Hussard. Giono se fait scénariste pour L’Eau vive (1958), réalisé par François Villiers, écrira l’adaptation du Roi (1963), tandis que son travail de cinéaste est mis à l’honneur avec la projection d’extraits de Crésus (1960). À la fin de la visite, le film d’animation L’homme qui plantait des arbres de Frédéric Back finit sur une note d’espoir.

CHRIS BOURGUE
Novembre 2019

Giono
Jusqu’au 17 février
Mucem, Marseille

Retrouvez nos articles sur Le mystère Giono, documentaire de Jacques Mény, le catalogue de l’exposition, et les balades sur les pas de l’écrivain organisées par le musée et l’association Images, Son et Compagnie.

Photo : Denise Bellon, Portrait de Jean Giono à son bureau, 1941. Association des Amis de Jean Giono © AKG – Denise Bellon


Mucem
Môle J4
13002 Marseille
04 84 35 13 13
mucem.org