L'Aiglon : chef d’œuvre lyrique du 20ème siècle à l'Opéra de Marseille jusqu'au 21 février !

« Je viens à toi mon père ! »Vu par Zibeline

• 13 février 2016, 16 février 2016⇒21 février 2016 •
L'Aiglon : chef d’œuvre lyrique du 20ème siècle à l'Opéra de Marseille jusqu'au 21 février ! - Zibeline

C’est sur ces paroles « christiques » que s’achève la vie de L’Aiglon et par là-même l’œuvre écrite à quatre mains par les amis compositeurs Jacques Ibert et Arthur Honegger posant, en 1937, une musique superbe d’invention, élégante et racée, subtile et imagée sur les vers tout aussi chargés de puissance expressive d’Edmond Rostand (L’Aiglon – 1900). Le public de la première représentation à l’Opéra de Marseille, le 13 février, retient son souffle et sans doute ses larmes…

IMG_2250 photo Christian DRESSE 2016Pièce en partie cocardière (aux vues des contextes d’écritures des deux opus conçus en amont les deux conflits mondiaux), L’Aiglon rapporte, sur un mode mélodramatique, le destin tragique du jeune Roi de Rome, fils de Napoléon 1er et de Marie-Louise, exilé à Schönbrunn sous la houlette de Metternich et, précisément, le moment historique où un complot s’organise pour le ramener en France et le faire sacrer empereur sous le nom de Napoléon II. Ce sera un échec, comme on sait ! Et l’œuvre explore la psychologie profonde du héros, tiraillé par ses origines, à la fois poussé à épouser le destin de son père, mais enchaîné par la longue lignée des Habsbourg qui coule dans ses veines, soumis aussi à l’autorité tutélaire et vigilante de Metternich. Au delà de l’Histoire, l’opéra aborde un thème universel, parlant à chacun, celui du doute qui traverse l’enfance (en l’occurrence un fils) de pouvoir se montrer à la hauteur des espoirs parentaux (un père).

IMG_2165 photo Christian DRESSE 2016Outre la fin de l’ouvrage, particulièrement émouvante, lorsque l’âme fragile de l’Aiglon s’envole au souvenir de quelques chansons populaires françaises fredonnées « Il était un p’tit homme… Il s’en fut à la chasse, Compère Guilleri Te lairas-tu mouri ? », L’Aiglon recèle quelques grandes scènes d’opéras particulièrement frappantes : lorsque Metternich brise, face à un miroir symbolique au sombre deuxième acte, l’orgueil du jeune homme, ou quand, dans la plaine de Wagram (4ème acte), porté par les fantômes de la bataille napoléonienne, sa voix se rompt aux ressacs mélodiques du Chant du départ et de la Marseillaise scandés par le chœur en coulisse.

Qui avait aimé la production marseillaise de l’Opéra de Marseille en 2004 (reprise aussi à Tours et Lausanne) en reconnait l’esprit, puisque Renée Auphan suit les traces du tandem Patrice Caurier & Moshe Leiser dans une mise en scène qui retrouve les décors élevés de Christian Fenouillat et les magnifiques costumes d’Agostino Cavalca. Du souvenir ému de la prestation météorite d’Alexia Cousin (mettant un terme à sa jeune et fulgurante carrière dans la foulée des représentations de L’Aiglon justement), il reste une formidable incarnation du rôle-titre par Stéphanie d’Oustrac, familière des rôles « travestis », traduisant à souhait les affres, espoirs et vulnérabilités androgynes de son personnage, jusque dans les limites vocales d’un emploi davantage destiné à une soprano au timbre large, qu’à une mezzo « chérubinesque ».

IMG_2058 photo Christian DRESSE 2016Toute la palette des nombreux rôles fait merveille, en particulier dans le troisième acte traité au pinceau de Watteau, celui du Pierrot et de fêtes galantes où quelque ballerine, sur pointes, chanterait une énigme (étonnante Laurence Janot !)… IMG_2123 photo Christian DRESSE 2016Marc Barrard (passé en douze ans du rôle de Metternich à celui davantage « buffo » de Flambeau) est un grognard impérial, patriotique et suicidaire, quand Franco Pomponi impressionne dans la figure spectrale et geôlière du « gendarme de l’Europe ».

IMG_1920 photo Christian DRESSE 2016A l’orchestre (dir. Jean-Yves Ossonce), c’est une peinture sonore qui s’écoule, cinéma pour l’oreille figurant, ici, la « source » d’un amour naissant dans le cœur du roitelet et de Thérèse (séduisante interprétation de Ludivine Gombert), là, le « vent » soufflant dans le ciel rougeoyant de Wagram, ou une cavalcade « fantasmée » de dragons…  ailleurs encore, une mélopée d’une infinie tendresse annonçant la fin épuisée de l’Aiglon dans les bras de sa mère (émouvante Bénédicte Roussenq). Un destin où l’impuissance et la fragilité se résumeraient à ces vers : « J’ai perdu tout espoir de jouer un grand rôle, Je n’ai plus qu’à pleurer… j’ai besoin d’une épaule » !

JACQUES FRESCHEL
Février 2016

Photos © Christian Dresse

L’Aiglon. A l’affiche les 13, 16, 18 et 21 fév.

 

 

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