Le dyptique Cavalleria Rusticana & Pagliacci reprend du service à l'Opéra Grand Avignon

Je t’aime à l’italienneVu par Zibeline

• 8 mars 2020, 8 mars 2020 •
Le dyptique Cavalleria Rusticana & Pagliacci reprend du service à l'Opéra Grand Avignon - Zibeline

Depuis leur création à la fin du XIXe siècle, les deux opéras véristes en un acte Cavalleria Rusticana et Pagliacci sont très souvent associés sur scène. Si l’écriture du premier par Mascagni a inspiré Leoncavallo pour le deuxième, leur gémellité a plus à voir avec le cadre de leurs intrigues qu’avec leurs langages musicaux respectifs. Cette Italie du Sud qui porte en elle ses codes d’honneur, le poids de la religion et de la violence. La mise en scène d’Éric Perez pousse ce parallélisme à l’extrême en ne changeant quasiment pas le décor pendant l’entracte, et en jouant continuellement des ressorts du théâtre dans le théâtre. Aussi la foule des paroissiaux devient-elle celle des spectateurs de la troupe ; les costumes traditionnels bariolés de Cavalleria Rusticana font écho aux déguisements théâtraux de Pagliacci.

L’ambiance lumineuse distillée par Joël Fabing permet, en particulier dans la première partie du diptyque, d’alterner avec naturel le recueillement religieux et les règlements de compte amoureux ; les clichés de cette violence amoureuse sont régulièrement mis en avant, mais l’outrance ne va pourtant pas de pair avec une distanciation scénique ou musicale.

L’Orchestre Régional Avignon-Provence dirigé par Miguel Campos Neto délivre en effet une interprétation fidèle des partitions de Mascagni et Leoncavallo : colorée, ample et épique. Quitte à négliger les nuances, la finesse des traits ou la justesse … Et à faire perdre ses repères à un plateau mouvementé, où les solistes et les choristes se succèdent et semblent par endroits manquer à leur tour de liant et de stabilité.

Le casting vocal de cette coproduction avec le Centre Lyrique Clermont Auvergne est pourtant enthousiasmant. Il fait la part belle aux jeunes lauréats du Concours International de chant de Clermont-Ferrand, où la plupart des rôles avaient été distribués : parmi eux, le très prometteur ténor Jean Miannay, aussi convaincant vocalement que scéniquement en Arlequin, Chrystelle di Marco dont le timbre profond et l’aisance dans les graves pimentent élégamment le rôle de Santuzza, quand la soprano Solen Mainguené déploie dans le rôle de Nedda une agilité et une légèreté impressionnantes. Jiwon Song impose une belle présence lors du prologue chanté au sein du public avant d’endosser le rôle de Silvio. Le ténor Denys Pivnitskyi, qui tient les deux rôles centraux de Tiriddu et Canio, impose une belle présence pathétique sur scène mais quelques imprécisions sont à déplorer ; nul doute que ce jeune chanteur saura évoluer pour interpréter avec un aplomb supplémentaire des airs tels que « Vesti la giubba ».

SUZANNE CANESSA
Mars 2020

Cavalleria Rusticana & Pagliacci a été joué le 6 mars à l’Opéra Grand Avignon – Confluence
Prochaine représentation le 8 mars à 14h30