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Dans la peau de Jilani Saâdi aux 3èmes Rencontres Internationales des Cinémas Arabes

Je t’ai dans la peau

• 14 avril 2015⇒19 avril 2015 •
Dans la peau de Jilani Saâdi aux 3èmes Rencontres Internationales des Cinémas Arabes - Zibeline

Dans la peau de Jilani Saâdi, tourné en 2009, avec deux comédiens non professionnels, n’est montré qu’aujourd’hui. Difficile de sortir, à l’époque, – pour éviter aux acteurs la violence des islamistes, – le film d’un cinéaste qui ose aller dans la chair.

L’histoire, banale, les amours clandestines d’un musicien et d’une danseuse qui va réaliser son rêve de chanter, qui a besoin du regard des hommes sur son corps. Partis en tournée, Ali (Mohamed Ben Said) et Shiraz (Amira Chebli) se produisent dans les cabarets, bars et restaurants de Bizerte, Sfax, Djerba. Lui, ment à sa femme, restée à Tunis avec leur fils. Elle, cache à son amant qu’elle téléphone aux hommes qui laissent dans son corsage billets de banque et contacts. Métaphore d’une société où il est difficile de vivre sa passion amoureuse, le film diversifie les images : images de caméras de surveillance dans tous les lieux publics, en particulier dans les hôtels où, couple illégitime, ils sont obligés de réserver des chambres séparées, images aux contours arrondis pour leurs trajets en voiture, cocon en intérieur/extérieur. Une sorte de road movie où durant dix jours, ils vont se rapprocher, s’éloigner, s’affronter, se déchirer …s’aimer. « Avec toi, je suis un être à part entière. »lui murmure Shiraz, elle qui demande, comme un refrain obsessionnel, aux hommes qui l‘admirent, la désirent, quelle partie de son corps ils préfèrent. Elle qui lui offre un sachet contenant quelques poils pubiens. Et Ali de devenir peu à peu fou de jalousie quand il voit dans les lieux où ils se produisent les yeux concupiscents et les gestes des hommes qu’elle excite en dansant, au point de fouiller dans ses affaires pour détruire les billets qu’elle conserve précieusement. Fou d’amour aussi pour se faire graver sur la poitrine, du côté du cœur SHIRAZ. Elle lui offre, à sa demande, son visage, sans maquillage. Après un repas à Grombalia, un lever de soleil raté sur la plage, il leur reste à se quitter : ils enregistrent chacun, un message sur leur portable. Le voyage dans le désir et la sensualité, superbement filmé par Mário Castanheira, directeur de la photo du « Cousin » Joao Canijo, qui a offert aussi aux spectateurs quelques belles séquences documentaires,  est terminé. Et si Jilani Saâdi, est parfois appelé le « pornographe du cinéma tunisien », il offre là un film qui permet de réfléchir sur le désir et l’amour.

Jilani Saâdi, qu’on a pu voir sur les murs de la ville – c’est lui qui est sur l’affiche réalisée par Khalil Chikhaoui– était présent aux projections de tous les films que présentait AFLAM lors des 3èmes Rencontres Internationales des Cinémas Arabes, puisqu’il était le cinéaste invité pour « Un cinéaste, un parcours »

ANNIE GAVA
Avril 2015

Lire ICI un retour sur Où est papa ? un autre film de Jilani Saâdi

http://www.lesrencontresdaflam.fr/