Vu par Zibeline

Brûlez-moi, comme ça, je peux chanter, un ouvrage remarquable édité par l'Association Artriballes

« Je parle sept langues et je n’ai pas envie de faire les poubelles… »

Brûlez-moi, comme ça, je peux chanter, un ouvrage remarquable édité par l'Association Artriballes - Zibeline

Ce sont les mots de Lorenzo ; ils appellent sobrement à un ajustement du regard sur une immigration qui défraie parfois la chronique et dont la visibilité tangue entre stéréotype folklorique et criminalisation hâtive. Lutter contre les idées reçues, informer de la situation réelle de ces familles Rroms que l’on a envie de qualifier de marseillaises et surtout faire sortir de l’ombre des personnes, des individus aux parcours singuliers : c’est ce que réussit impeccablement ce « beau » livre (il l’est au-delà du format labellisé que donne désormais l’adjectif), au titre en panache, incandescent et insolent tiré de la complainte de Tchepi « Brûlez-moi, comme ça, je peux chanter ». Les photos de Kamar Idir dont la couverture donne un aperçu -trois générations posées là, sourires discrets, regards droits- qu’elles soient dures, douces ou éloquentes restent toujours à bonne distance de la misère ou de la complaisance esthétique ; le noir et blanc dominant, choisi pourtant contre le gré des photographiés, restitue parfois franchement le choc des formes et des couleurs, dit la richesse du travail d’approche et n’isole jamais un portrait de son cadre de vie. La même éthique -proximité respectueuse, souci de montrer le quotidien sans commentaire- préside au film/DVD de Dominique Idir : la collecte, les expulsions, l’école, le lien avec les éducateurs, l’hostilité des voisins, la rhétorique de Riposte 15, Samia Ghali en tête (« C’est chez nous ici ! ») et surtout la belle énergie, la rage de vivre en paix, La maison, le violon et le sac Tati et l’accordéon, et la fête malgré tout… Les témoignages qu’elle transcrit ou les récits/analyses de Dominique Carpentier font vivre Sergiu, Petru, Larissa et les autres ; leurs paroles flambent : « j’aime la musique d’église », « dans mon village il n’y avait rien dans les poubelles », « moi si mes parents veulent me marier, je les mets à la police », et construisent des êtres dont la diversité absolue ne doit pas s’effacer dans un destin commun imposé par les ratés de la construction européenne. L’association Artriballes, à l’origine de l’ouvrage, peut être chaudement remerciée pour ce « plus-que livre » de raison et d’action !

MARIE-JO DHÔ
Juillet 2016

Brûlez-moi, comme ça, je peux chanter Kamar Idir (photographies), Dominique Idir et Dominique Carpentier (textes et film)
Association Artriballes, 24