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Vu par Zibeline

Pikadero de Ben Sharrock à Cine Horizontes

« Je ne sais pas »

• 22 novembre 2016 •
Pikadero de Ben Sharrock à Cine Horizontes - Zibeline

Pikadero. Basque, nom. 1. École d’équitation. 2. Un endroit utilisé pour des rencontres sexuelles. Et titre du premier long métrage de l’Ecossais Ben Sharrock, tourné au pays basque, en langue basque.

Un film très singulier, au scenario basique. Gorka (Joseba Usabiaga) un trentenaire basque, aux « grands yeux, grand nez et grandes oreilles », vivant  toujours chez ses parents, travaille en CDD dans une usine d’outils. Il a rencontré la belle Ane (Barbara Goenaga), cinéphile, fan de Scorsese et de Kubrick,  très entreprenante et désirante. Mais où aller pour leur première fois quand on n’a pas de chambre à soi, pas de voiture pour se retrouver dans un « pikadero ». Il y a bien,  pour les dépanner, le copain de Gorka, Iñaki (Lander Otaola) qui apprend l’allemand pour émigrer à Berlin et fuir ce bled sans avenir ! Mais pour Gorka, ils valent mieux que des étreintes dans un « Pikadero ».

D’où vient le charme de cette comédie douce-amère sur la situation précaire des jeunes Espagnols durement frappés par la crise ? Eh bien des choix esthétiques et de la mise en scène de Ben Sharrock. On pense aux films de Kaurismaki ou à La Visite de la fanfare de Kolirin. Les plans, tous fixes à l’exception de trois brefs panoramiques, traduisent l’ennui, le vide, la stagnation de Gorka. Des plans, très construits, aux contrastes de couleurs et aux symétries soignés, tels des tableaux de Hopper, reviennent en boucle comme ces personnages qui tournent en rond. Le plan initial de la gare, bleue, filmée de l’autre côté de la voie ferrée, succédant à un écran vert jade, vide, en est un des exemples et l’on y verra les trains qui partent vers l’ailleurs, des amoureux, une femme qui fouille dans la poubelle, un enfant trainant un vélo et un chien. Personnages secondaires comme ceux qu’on croise tout au long du film, dans des situations cocasses, un couple qui échange un préservatif contre une sucette/cœur rose,  un garçon de café qui écale sans fin un œuf, cinq choristes basques aux trognes incroyables qui leur jouent une aubade, un marginal qui  cultivant de « l’herbe » loue son mobil home à l’heure et vend des produits aux parfums variés, au milieu de nulle part. Sans oublier les parents de Gorka, ridiculement pathétiques aux  repas familiaux sur fond de télévision, que la caméra filme en plans serrés soulignant l’enfermement  de ce jeune homme qui n’a pas commencé à vivre, réprime tous ses désirs  et qui répète comme un leitmotiv : « je ne sais pas ». Le spectateur est souvent étonné devant cet univers décalé, cet humour parfois grinçant, et c’est bien l’un des plaisirs du cinéma !

Ce film en compétition « opera prima » du 15e Cine Horizontes a déjà remporté plusieurs prix dont celui du meilleur film au Festival international d’Édimbourg, ville natale du réalisateur.

ANNIE GAVA
Novembre 2016

Photo © Caravane Films


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