Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Serge Barbuscia crée Marche, une ode universelle et touchante aux invisibles

Je marche, donc j’existe

• 11 juin 2015⇒12 juin 2015, 4 juillet 2015⇒26 juillet 2015 •
Serge Barbuscia crée Marche, une ode universelle et touchante aux invisibles - Zibeline

«Pas un mot, il ne dira pas un mot, jamais. Chaque jour il marche, le matin, l’après-midi, le soir, il marche.» Autour de Serge Barbuscia, auguste céleste à la fragilité palpable derrière l’imposante stature, ils ont chacun endossé leur costumes clownesques, trop larges, trop voyants, trop colorés, pour nous livrer le texte de Christian Petr et incarner cet «homme qui marche» en autant de figures mouvantes. Vivantes et graves. Cet homme qui marche à côté de lui même, sans but ni sens, est un «homme de la rue» qui vécut sur une place à Avignon et que l’auteur a observé de longues années depuis sa fenêtre. Jusqu’à sa disparition. Avec son récit criblé de mots dont s’empare en polyphonie ce quintet d’acteurs aux multiples identités, se livre un questionnement universel autour de l’absence au monde d’un homme «sans voix», sans existence, et de son inénarrable présence que chacun porte au plateau de son plus profond regard… Martyr ? Héros ? Qui était cet homme «retiré du monde», sans futur et sans dieu, dont la solitude crève le plateau, et que nous regardons en face, ici plus encore sans doute que dans la rue d’à côté, «avec sa peine que le monde ignore et qui est celle du monde» ? De réponses philosophiques en saillies poétiques, soutenues par l’espace sonore créé adroitement par le compositeur Dominique Lièvre, la tourbillonnante déambulation circulaire tisse une ode touchante aux sans-voix, aux sans-abris, sans-logis, aux sans rien… Créé dans les communautés Emmaüs, à Arles, puis à Marseille, le projet est repris pendant le Festival d’Avignon dans la cour minérale du Musée Angladon. À l’abri des regards et du cirque festivalier. Un très bon choix pour cet exercice de «rituel théâtral». La pièce est soutenue par la Fondation Abbé Pierre, compagnon de (longue) route du metteur en scène fidèle à ses engagements. Celui notamment de donner la voix aux invisibles «pour qu’on les regarde de plus près», simplement, sans lumières artificielles, au tomber du jour. Pari tenu.

DELPHINE MICHELANGELI
Juin 2015

Marche a été jouée au Musée Angladon à Avignon les 11 et 12 juin.
Reprise pendant le Festival Off du 4 au 26 juillet au Musée Angladon, à 19h (relâches 7, 14 et 21).

Photo : © DE.M.


Théâtre du Balcon
38 Rue Guillaume Puy
84000 Avignon
04 90 85 00 80
http://theatredubalcon.org/