Think Big au Moulin à Jazz de Vitrolles

Jazz en libertéVu par Zibeline

Think Big au Moulin à Jazz de Vitrolles - Zibeline

Le tromboniste Jay Jay Johnson disait en 1988 : « Le jazz n’offre aucun répit. Il ne tient pas en place et ne le fera jamais ». Cette vitalité, ce renouvellement perpétuel qui se fonde sur le mélange des genres, des instruments, et sur la spontanéité vivifiante de l’improvisation se voyaient magnifiés par le quartet Think Big composé de Thibault Cellier (contrebasse), Raphaël Quenehen (saxophones et autres instruments improbables) qui jouent depuis dix-huit ans au sein du collectif les Vibrants Défricheurs et de Papanosh ainsi que le batteur et compositeur Mike Reed décrit comme « hyper-activiste sur la scène de Chicago » et membre de l’AACM* et son ami, le trompettiste et multi-instrumentiste Ben Lamar Gay.

Le concert se déclinait en deux larges flux, entraînant le public du Moulin à Jazz dans un voyage où se tissaient intimement pièces écrites et prodigieuses improvisations. Tout naissait d’abord du souffle, le cornet de Ben Lamar Gay ou le saxophone de Raphaël Quenehen s’accordaient à livrer la variation de leurs rythmes portés uniquement par le son de la respiration des musiciens et des vibrations des anches et embouchures tandis que la contrebasse réduisait l’espace sonore à des sons saturés scandés par l’ébauche d’une pulsation de la batterie… Balbutiements des débuts d’un monde au cœur des échos des sons slappés des vents. L’harmonie naît alors, insensiblement, envoûtante, mélodies coulées dans le bronze d’un même souffle au saxophone, rêveries tournoyantes du cornet, contrebasse aux époustouflantes acrobaties, batterie inventive qui jamais ne s’impose… La fantaisie des instrumentistes leur fait employer des flûtes traditionnelles, un mélodica, un sifflet à piston, des « cloches musicales » destinées à l’apprentissage des sons pour les tout-petits, un tuyau de machine à laver, un saxophone « nu » sans ses palettes habituelles et joué comme une flûte (il s’agirait du saxophone des pauvres créé en 1930). La chanson populaire Duerme negrito (dont on connaît par cœur les interprétations par Atahualpa Yupanqui et Mercedes Sosa) se métamorphose en superbes volutes jazziques (« Je chante cette chanson tous les soirs à mes enfants, je voulais qu’elle fasse partie du spectacle », sourit Rapahël Quenehen). Le Quartet offre un généreux bis à un public subjugué. Une soirée dont l’association Charlie Jazz a le secret avec une programmation éclectique qui sait rendre compte des évolutions de la création et du caractère toujours libre et profondément novateur du jazz.

MARYVONNE COLOMBANI`
Mars 2022

Concert organisé par Charlie Free le 11 mars au Moulin à Jazz, Vitrolles

*AACM : Association for the Advancement of Creative musicians a été initiée en 1965 à Chicago par le pianiste Muhal Richard Abrams. Il s’agit d’une « coopérative » rassemblant de jeunes musiciens locaux adeptes de free jazz et de jazz expérimental (utilisant des modes d’écriture forgés par la musique contemporaine).

Photographies © MC

Association Charlie Free – Le Moulin à Jazz
Domaine de Fontblanche
13127 Vitrolles
04 42 79 63 60
http://www.charliefree.com/