"Jawlensky, la promesse du visage", exposition à voir au Musée Cantini de Marseille

Jawlensky, moderne mystiqueVu par Zibeline

• 15 juillet 2021⇒16 septembre 2021 •

Après la Fundacion MAPFRE de Madrid et avant La Piscine – musée d’art et d’industrie André Diligent de Roubaix, le Musée Cantini, à Marseille, accueille une grande rétrospective de l’œuvre singulière du peintre Alexej von Jawlensky (1864-1941).

Si le peintre jouit d’une certaine notoriété en Allemagne et en Suisse (pays où il a séjourné à de multiples reprises) ainsi que sur la côte ouest des États-Unis (le compositeur John Cage a été l’un de ses collectionneurs), son œuvre reste majoritairement méconnue en Russie et dans la plupart des pays européens, où quelques collections publiques seulement possèdent de rares tableaux. En France, il n’a été exposé qu’à deux reprises depuis sa mort (à l’Espace Van Gogh d’Arles en 1993 et au musée de la Seita à Paris en 2000). Fils d’aristocrates, entré aux Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg en 1889, Alexej von Jawlensky conclura dès l’année suivante que « dix années là-bas transformeraient n’importe quel artiste en imbécile ». Il se rendra à Munich, où il se liera d’amitié avec son compatriote Vassily Kandinsky, et deviendra, au début des années 1910, compagnon de route du groupe de l’avant-garde expressionniste Der Blaue Reiter (Le Cavalier Bleu), prônant un art synesthésique et métaphysique. Son cheminement artistique, restitué dans cette rétrospective, témoigne de sa quête vers son propre langage pictural, oscillant entre fauvisme et expressionisme, figuration et abstraction, sans jamais trancher. Conçue par Itzhak Goldberg, commissaire, critique et professeur émérite en Histoire de l’art, auteur d’une thèse sur le peintre, l’exposition met surtout en perspective son obsession pour le visage, entremêlant quête picturale et spirituelle. Et, en évidence, un très grand talent de coloriste.

Mysticisme et avant-garde

L’exposition débute au deuxième étage du musée, entièrement consacré aux paysages et aux natures mortes de l’artiste. S’éloignant assez rapidement de la précision figurative, Jawlensky cherche à synthétiser paysages et objets en simplifiant formes et couleurs. Pionnier du travail en série avec Variations (1914-1921), titre à connotation musicale, il fait de la vue de sa fenêtre à Saint-Prex, au bord du lac Léman, une composition de touches de couleurs, déclinée toile après toile, frôlant l’abstrait, sans jamais quitter la structure du paysage originel. « Pour mouvoir la vie, il faut y être inséré fermement », selon les mots de la compagne du peintre, Marianne von Werefkin, peintre elle aussi.

Le premier étage est entièrement dédié à l’évolution qui fera passer l’artiste, précise Itzhak Goldberg, du portrait, au visage, à la tête. Là aussi, subvertissant la description figurative, Jawlensky peint des portraits au moyen de couleurs vives et de formes simplifiées. Dans la série des Têtes abstraites, les traits et les éléments du visage, occupant l’ensemble du tableau, sont réduits à des signes et des figures géométriques simples, arborant de grands yeux ouverts. Puis, dans une économie de signes de plus en plus poussée, arrive la série aux couleurs nocturnes des Méditations, gonflée de spiritualité. « Il ne cherchait plus un visage mais le visage ». L’aura-t-il trouvé ?

MARION DURAND et MARC VOIRY
Juillet 2021

Jawlensky, la promesse du visage
Jusqu’au 16 septembre
Musée Cantini, Marseille
musees-marseille.fr

Photo : Tête abstraite, Karma, 1933. Huile sur carton collé sur bois, 42.6 x 33 cm. Collection particulière. Photo Alexej von Jawlensky – Archiv S.A., M

Musée Cantini
19 rue Grignan
13006 Marseille
04 91 54 77 75
www.marseille.fr