Vu par Zibeline

Les Rencontres Films Femmes Méditerranée s'ouvrent avec panache !

J’avais trente ans. Je ne laisserai personne dire…

• 4 octobre 2017, 1 novembre 2017 •
Les Rencontres Films Femmes Méditerranée s'ouvrent avec panache ! - Zibeline

Il y avait foule ce mercredi 4 octobre pour l’ouverture des 12è Rencontres de Films Femmes Méditerranée au Cinéma Les Variétés ! Et il a fallu improviser au dernier moment l’ouverture d’une deuxième salle de projection pour accueillir tous ceux qui étaient venus participer à l’événement. Il faut dire que l’affiche était alléchante : Jeune femme de Léonor Serraille, Caméra d’or au dernier Festival de Cannes,  en avant première et en présence de son actrice principale : la délicieuse, la spirituelle, la pétillante Lætitia Dosch dont on avait déjà pu apprécier le talent dans La Bataille de Solférino de Justine Triet en 2012. Léonor Serraille, sortie de la Femis (section scénario) en 2009 offre ici un film réjouissant, revigorant, un portrait de femme découvrant sa capacité à dire oui ou non.

Il raconte l’errance parisienne et mentale de Paula, une trentenaire larguée par son compagnon à leur retour du Mexique, après dix ans de vie commune. Il est photographe, elle était son modèle. Elle n’existait que par le regard amoureux et artiste qu’il portait sur elle. «J’étais tout pour lui et je ne suis plus rien !» crie-t-elle dans la crise de nerf qui ouvre le film. C’est à partir de ce prétendu rien qu’elle va devoir se reconstruire. Car Paula ce n’est pas rien ! Certes elle n’a aucun diplôme, aucune formation, certes elle n’a plus de toit, plus d’argent, s’est embarrassée, qui plus est, du chat de son ex- qu’elle trimballe partout, certes sa mère ne veut plus la voir, certes elle est un peu givrée, imprévisible, bi-P(au)laire la Paula ! avec ses yeux vairons et son parler trop franc, mais elle possède une énergie vitale inouïe qui va la sauver du naufrage. Elle traversera ce Paris qu’elle n’aime pas parce que cette ville n’aime pas les gens, enveloppée d’un manteau brique volé à une patiente de l’hosto. Elle sera baby sitter chez une bourgeoise politiquement correcte et simplement odieuse, vendeuse dans un bar à culottes, usurpera l’identité de l’ ex-copine  d’une femme libérée, se fera des amis. Car Paula, dans son parcours révèle d’autres personnages, secondaires par le temps d’apparition à l’écran, mais qui acquièrent une singulière densité dans les échanges non conventionnels qu’ils ont avec la jeune femme. On devine d’autres vies, d’autres parcours difficiles. On est bien en France au 21è siècle, un pays riche où des thésards sont vendeurs dans les galeries marchandes, et où beaucoup de jeunes vivent dans la précarité.

Le scénario très écrit, très construit qui lance quelques clins d’yeux cinéphiliques par TV interposée vers Douglas Sirk et son Mirage de la vie, met en scène les différentes étapes de la reconstruction de la jeune femme comme autant de performances : le discours de Paula saisie en gros plan, qu’elle nous balance à la gueule avant qu’on s’aperçoive que c’est à un psy d’hôpital  qu’elle s’adresse, l’entretien d’embauche où toute pomponnée, elle répond à un recruteur hors champ. L’occasion pour Lætitia Dosch de se montrer sur toutes ses facettes, et de recomposer son personnage comme autant de morceaux à assembler. Les premières images montrent Paula de dos entre deux murs au fond d’un couloir se cognant contre la porte que l’amant de la veille laisse ce jour-là, close. Seul son front s’ouvre: elle portera cette plaie en stigmate se réduisant peu à peu. La dernière image la laisse de face derrière une vitre, regardant un avenir qui, s’il n’est pas forcément rose, est bien le sien. 

ELISE PADOVANI
Octobre 2017

Photo © Shellac

Sortie nationale : 1er novembre


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