Perfidia, premier tome d'une série de romans de James Ellroy, éditions Rivages

James Ellroy «en chair et en sang» à MarseilleLu par Zibeline

Perfidia, premier tome d'une série de romans de James Ellroy, éditions Rivages - Zibeline

Le 9 mai, James Ellroy, le maître fou du polar américain présente son dernier roman Perfidia à Marseille, pour le plus grand plaisir de lecteurs assidus, mordus, accros. Quelques petits veinards vainqueurs d’un concours sur le «Dog», reçoivent son livre en cadeau et le rencontrent en comité restreint à la librairie Maupetit en compagnie de journalistes. Vidéos, flashes, dédicaces, jus de citron et mines réjouies. James Ellroy capte par le regard et la voix, en impose par sa prestance, sa verve, par son goût pour la provoc et le show. L’événement se poursuit sur la Canebière que l’auteur arpente avec son cortège d’admirateurs et de médias lorsqu’il est temps de rejoindre l’Alcazar, qui vient de lui consacrer une semaine de conférences et de projections, et où l’attend un public impatient. Le succès est trop grand, la salle trop étroite (300 places seulement), on voudrait pousser les murs, certains écoutent la retransmission de la rencontre dans une annexe ou sur Internet.
Perfidia est le premier tome d’un nouveau quatuor dédié à la ville où il est né et où il vit, Los Angeles : il commence le 6 décembre 1941 à la veille de l’attaque de Pearl Harbor par les Japonais et de l’entrée en guerre des Etats-Unis, et s’achève 23 jours plus tard. Il retrace un épisode assez peu connu, la rafle des Américains d’origine japonaise et des Japonais vivant en Californie à cette époque. La peur s’empare alors d’un quotidien où l’on continue cependant à s’abreuver des mêmes excès. Les libertés civiles sont suspendues.
L’entretien commence par une lecture du chapitre 2 par l’auteur lui-même, en langue originale : nous voici au cœur du journal intime de Kay Lake, l’une de ses héroïnes fétiches, qu’il incarne de sa voix de baryton. En transplantant dans la période de la seconde guerre mondiale des personnages déjà présents dans son œuvre comme Kay Lake, Dudley Smith et William Parker, James Ellroy entend créer une somme littéraire ininterrompue de 1941 à 1970.
Perfidia, c’est le titre d’une chanson célèbre, sombre, une complainte des années trente qui, comme son roman, évoque la trahison des idéaux, de l’amour, de l’identité nationale et sexuelle. Los Angeles source d’inspiration, berceau du film noir, de l’industrie du cinéma et de ses travers, compte en son sein de multiples communautés, chinoise, japonaise, anglo-saxonne, afro-américaine, catholique ou protestante, qui peuvent générer du conflit ; c’est pour l’auteur ce confit qui va créer la fiction et faire à nouveau de la ville le théâtre de son ouvrage.
Le style, concis, cru et télégraphique de ses précédents romans (L.A Confidential, White Jazz) évolue : on retrouve la frénésie qu’on lui connaît ; on découvre aussi une écriture qui prend son temps et ses aises pour s’adapter à un cadre temporel très resserré (trois semaines) et à la vie intérieure de quatre protagonistes extraordinaires qui passent leur temps à réfléchir.
La rencontre arrive à son terme : James Ellroy échange avec son public, joue, signe debout, discute le bout de gras avec chaque lecteur qui retrouvera dans ce pavé de 800 pages le souffle de son premier quatuor, au risque de devenir insomniaque.
MARION CORDIER
Juin 2015

La citation « en chair et en sang » du titre reprend les termes du journaliste Gilles Rof, modérateur de la rencontre.
James Ellroy était à Marseille le 9 mai, à l’invitation de Damien Bouticourt (librairie Maupetit Actes Sud), des éditions Rivages et de la BMVR Alcazar

James Ellroy, Perfidia, éditions Rivages/Thriller, 2015, 835 pages, 24 euros

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