Vu par ZibelinePremier long métrage de Jérémy Clapin, Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes

J’ai perdu mon corps

• 6 novembre 2019 •
Premier long métrage de Jérémy Clapin, Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes - Zibeline

Décidément l’animation française et le studio de production Xilam se portent bien ! Nouvel exemple : J’ai perdu mon corps, premier long métrage de Jérémy Clapin, Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, dont il ne faut surtout pas rater la sortie le 6 novembre ! Libre adaptation de Happy Hand, un roman de Guillaume Laurant (le coscénariste d’Amélie Poulain), le film de Clapin est un pari audacieux. Un sujet original où l’héroïne est une main tranchée, privée des ressources émotionnelles du visage et du corps. Six ans de travail pour produire ce « cousu main » en 2 et 3D. Un scénario mêlant rire et larmes, mélo et thriller, rêve et réalité sociale, tricotant une histoire à construire, déconstruire, reconstruire, où cohabitent passé et présent. On y suit la cavale haletante d’une main coupée échappée d’un labo. Elle cherche son propriétaire Naoufel, jeune homme d’origine marocaine. Avec elle, on refait le « che-main » accidenté d’une vie : l’enfance, l’accident, le deuil, le rêve brisé, les galères, la rencontre amoureuse et on apprend comment dribler le destin, feinter les sournoises mouches- Érinyes, sortir des rails. La forme y devient propos et le propos forme, la variation des points de vue, des cadrages, la cohérence thématique quasi horlogère collent et recollent au sujet dans une fluidité cinématographique virtuose et une poésie qui semble citer Takahata. Charnelle, sensuelle. Y sont sollicités la vue et le toucher bien sûr mais surtout l’ouïe et son pouvoir de reconstituer l’invisible : Naoufel enregistre les sons, tombe amoureux par l’intermédiaire d’un interphone, écoute la voix d’outre-tombe de ses parents. La bande son signée Dan Levy souligne les émotions, crée en glissés les dissonances du parcours de la main, retrouve le rap des années 90, accompagne en arpèges la mécanique du destin et de ce film bouleversant qui ne cesse de nous parler de liberté et d’indépendance. Celles qu’on peut s’octroyer dans sa vie. Celles du cinéma d’animation qui assume ici pleinement son étymologie en donnant corps et âme.

ELISE PADOVANI
Novembre 2019

J’ai perdu mon corps sort le 6 novembre (1h21)

Photo : J’ai perdu mon corps © Xilam Animation – Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma