J'ai aimé vivre là, film lumineux de Régis Sauder, en salles le 29 septembre

J’ai aimé vivre làVu par Zibeline

• 15 septembre 2021, 29 septembre 2021⇒9 octobre 2021 •
J'ai aimé vivre là, film lumineux de Régis Sauder, en salles le 29 septembre - Zibeline

En 2017, Régis Sauder était retourné dans sa ville natale, Forbach. En 2020, il nous emmène à Cergy Pontoise, une cité à une quarantaine de kilomètres de Paris en compagnie de l’écrivaine Annie Ernaux qui y vit depuis quarante ans. C’est un extrait de son Journal du dehors qui ouvre  le film J’ai aimé vivre là «  Ce sont les autres, anonymes côtoyés dans le métro, les salles d’attente qui, par l’intérêt, la colère ou la honte dont ils nous traversent, réveillent notre mémoire et nous révèlent à nous –mêmes. »

Dans le train qui nous fait arriver dans cette « ville nouvelle », en gros plans, émergent des visages d’inconnu.e.s que nous allons retrouver tout au long du film. Ils vont nous faire connaitre leur vie quotidienne, leur passé, leurs rêves, leurs trajets à travers la ville, « les petites routes tracées par les habitudes »,  plus empruntées que celles tracées par les architectes, les arbres que les premiers habitants ont plantés pour que cette ville nouvelle « privée de toute mémoire » devienne un lieu de vie et que la pionnière, Claudette, guadeloupéenne, arrivée en 1973, évoque avec émotion. Nous suivons une bande de jeunes lycéens qui, tout au long du trajet, nous entraîne dans les endroits où ils ont connu leurs premières fois, leurs premières découvertes, leurs premières amours, que certains comme Lola, jeune étudiante partie à Paris, quitte à regret. La ville est aussi un lieu d’espoir pour des étrangers comme le malien, Sékou, qui a tenté la traversée sept  fois. Nous découvrons le centre d’accueil installé dans une ancienne patinoire  et où s’est investie  une jeune femme, ex directrice financière, qui y a patiné enfant et a offert  à ce « grand garçon qui a déjà  la barbe blanche » la chance de survivre. Enfin, Cergy Pontoise est un lieu où l’on se bat pour un monde meilleur, où il n’est pas interdit de rêver, où ensemble, avec les caddies rouges du centre commercial, on collecte les déchets, où l’on peut faire la fête au coucher du soleil, au bord de l’Oise.

À tous ces gens qui vivent là et qu’il a croisés, Régis Sauder a donné à lire des textes d’Annie Ernaux. Ses mots les ont émus, souvent en écho avec leur vie,  ont fait surgir  la sensation du temps qui passe. Mots qui accompagnent aussi  les travellings sur le paysage urbain, soulignant la beauté des lignes, montrant la campagne omniprésente au milieu des immeubles, les passerelles en oblique,  dressant une cartographie lors d’un impressionnant plan séquence en drone.

« Aujourd’hui, pendant quelques minutes, j’ai essayé de voir tous les gens que je croisais, tous inconnus. Il me semblait que leur existence, par l’observation détaillée de leur personne, me devenait subitement très proche, comme si je les touchais ; si je poursuivais une telle expérience, ma vision du monde et de moi-même s’en trouverait radicalement changée », écrit Annie Ernaux dans La Vie extérieure. Peut-être, le film lumineux et généreux de Régis Sauder, nous permet-il de regarder le monde avec un regard plus bienveillant ? Peut-être pourrons-nous dire aussi « j’ai aimé vivre là » ?

ANNIE GAVA
Septembre 2021

J’ai  aimé vivre là, en Compétition Française au FID Marseille, sort en salles le 29 septembre.
Avant-première au cinéma La Baleine le 15 septembre.

Ecouter notre entretien avec Régis Sauder.

Photographie : J’ai aimé vivre là © Shellac

Cinéma La Baleine
59 Cours Julien
13006 Marseille
04 13 25 17 17
labaleinemarseille.com