Vu par Zibeline

Le 12 juin, le Festival Musiques Interdites programmait Le Chant de la Terre de Mahler à Marseille.

Ivresse et renoncement…

• 12 juin 2016 •
Le 12 juin, le Festival Musiques Interdites programmait Le Chant de la Terre de Mahler à Marseille. - Zibeline

Le Chant de la terre est un chef d’œuvre… pour peu qu’on puisse les dénombrer chez Gustav Mahler ! Le Viennois n’a pas cinquante ans et sent que la vie lui échappe, à l’instar celle de Maria, sa fille fauchée à l’orée du printemps. La santé du musicien est fragile, son épouse Alma si fascinante de jeunesse et de beauté le fuit, il perd son poste de directeur de l’Opéra de Vienne… Mahler compose alors un cycle de six poèmes chantés, traduits du chinois. Outre son climat supra-romantique doucement teinté d’orientalisme, Le Chant de la terre touche l’auditeur autant pas la sincérité de l’émotion qui l’irrigue que par la prouesse d’écriture orchestrale, le souffle vocal…

Dans la très belle église Saint-Nicolas de Myre (19 rue Edmond Rostand à Marseille, un bijou méconnu et surprenant !), première église Melkite (Grecs catholiques) au monde, le festival Musiques Interdites, pour sa 11ème saison, programme Le Chant de la Terre dans sa version pour orchestre de chambre signée Arnold Schönberg. Mahler et Schönberg : deux artistes qui trouvent naturellement leur place dans la longue listes des « dégénérés » labellisés par les Nazis !

C’est à un moment rare qu’on assiste le 12 juin : parce que l’œuvre est superbe, mais aussi servie par des musiciens hors-pairs, fers de lance de l’Orchestre de l’Opéra de Marseille. Dirigés avec enthousiasme, souplesse et précision par Victorien Vanoosten, ils donnent vie au magnifique tableau sonore chantant la beauté de l’éternelle Nature, la vie humaine, si éphémère, la consolation possible… jouent avec les palettes rythmiques, mélodiques, harmoniques qui filent de l’arrière plan au premier, en plein accord et dialogues subtils avec les voix sollicitées par le compositeur. C’est la sombre contralto d’origine chinoise, puissante et large Quilin Zhang qui chante la solitude automnale, les jeunes filles en beauté, l’éternel adieu… c’est le brillant et héroïque ténor marseillais Luca Lombardo qui déborde d’ ivresse, se révolte avec panache… et se résigne … ? Au bout d’une heure de lyrisme envoûtant, l’Éternité s’ouvre à chacun, au sommet d’un arpège de célesta, aux portes du silence…

Longtemps on applaudira les artistes en guise de mercis !

JACQUES FRESCHEL

Juin 2016

Photo Le Chant de la terre © Luc Avrial