Disney selon Françoise Gaillard, dans le cadre de la Semaine de la pop philosophie

It’s a small small ideaVu par Zibeline

• 24 octobre 2013 •
Disney selon Françoise Gaillard, dans le cadre de la Semaine de la pop philosophie - Zibeline

Rien que d’y penser, ça fait rêver. Mais qu’est-ce fait rêver au juste? Pour Françoise Gaillard, historienne des idées, le monde de Disney est politiquement dévastateur. Dans la conférence Bambi n’a pas de trou de cul, elle démontre que le monde magique de cette utopie ne laisse place ni au corps, ni au désir. Le parc Disneyland est en réalité un jardin d’Eden clos -les chaînes de télés des hôtels ne diffusent que des infos sur le parc- avec un mode de pensée gentiment totalitaire amputant l’imagination. En effet, les défilés ressemblent à des embrigadements ; les poupées de l’attraction It’s a small small world chantent une chanson unique et s’habillent de manière folklorique comme les Dupond-Dupont ; l’univers des Princesses souriantes, vêtues de longues robes, quasiment muettes et ayant des gestes maniérés est clairement sexiste. De plus les mythes adaptés sont vidés de leurs sens originels pour n’être plus que des petites histoires gentilles et homogènes où toute chose est à sa place.

Codifiée, cette terre promise pourrait être délivrée de l’angoisse mais c’est également un monde du silence où le corps mort est un déchet à éliminer : chez Mickey, l’hygiène et la bonne santé sont des règles absolues ! Françoise Gaillard le montre d’ailleurs à travers des œuvres comme The Magic Kingdom de Stanley Elkin où sept enfants détruits par la maladie sont à Disney World considérés comme des intrus, et se décomposent dans ce monde figé de l’immortalité. A contrario la Belle au Bois Dormant est l’image même de l’élimination de la mort physique.

Malheureusement, en se limitant aux parcs, Françoise Gaillard s’intéresse surtout aux stratégies marketing de Disney qui fait du public une immense masse consacrée au fun. Le point de vue est intéressant mais Disney est avant tout une compagnie qui reprend les contes, les mythes, les légendes et même l’Histoire pour en faire des relectures contestables dans ses Grands Classiques d’animation. Le scandale passé au sujet des aberrations historiques du long-métrage Pocahontas en est un des nombreux exemples. De plus, la conférence était confuse par moments, mélangeant dans une même phrase l’absence de la mort dans les parcs ou le bonheur limité au temps de l’enfance. Françoise Gaillard évoquant aussi les petits trains permettant aux gens de se déplacer dans le parc semble parfois se balader elle-même, sens-dessus-dessous, dans ses thèmes. La thématique pop se transforme au final en idée… simplette. Dommage !

ALICE LAY
Octobre 2013

Bambi n’a pas de trou du cul a été exposé à l’Alcazar le 24 octobre dans le cadre de la Semaine de la pop philosophie.

Lire aussi notre retour sur la rencontre d’ouverture de l’édition 2013 : https://www.journalzibeline.fr//critique/moment-et-mouvement/, penser la publicité avec Gilles Vervish et Dominique Quessada https://www.journalzibeline.fr//critique/penser-la-publicite/, et les leçons de Gaston Lagaffe https://www.journalzibeline.fr//critique/les-lecons-de-gaston/, sans oublier l’interview audio de Jacques Serrano, Marianne Chaillan et Marc Rosmini https://www.journalzibeline.fr//interview-de-jacques-serrano-marianne-chaillan-et-marc-rosmini/.

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