Avant d'être contraint d'annuler ses concerts, le festival Avec le temps a pu accueillir l'unique Brigitte Fontaine

Irrévérencieuse et radicaleVu par Zibeline

Avant d'être contraint d'annuler ses concerts, le festival Avec le temps a pu accueillir l'unique Brigitte Fontaine - Zibeline

Une performance d’art contemporain plus qu’un concert de chanson française. Pour la tournée dédiée à son dernier l’album, Terre neuve, Brigitte Fontaine mêle habilement ambiance intimiste et théâtralité. Installée dans un fauteuil Voltaire, elle se lève parfois pour effectuer ces déplacements énigmatiques qui contribuent depuis des décennies à ranger la reine du Kékéland parmi les performeuses les plus allumées de la scène francophone. À ses côtés, seul musicien du spectacle, le guitariste Yan Péchin, compagnon de route de monuments regrettés, d’Alain Bashung à Jacques Higelin en passant par Rachid Taha. Exit donc Areski Belkacem dont la Fontaine est indissociable, à la scène comme à la ville, pour un duo guitares-voix inédit. Tout comme cette tonalité blues rock, sombre et nihiliste, qui accompagne en les épurant les textes poético-radicaux de la chanteuse. Au diable Dieu, interprète-t-elle sur une mélodie de guitare saturée aux effets parfois sur-dosés. Rare reprise de ses très anciens titres, Lettre à monsieur le chef de gare de la Tour de Carol (1970) et son « merci pour le gilet » entonné dans le refrain rappelle que la résidente de la très chic rue parisienne Saint-Louis-en-l’Île n’en est pas moins une contestataire, particulièrement remontée contre le régime macronien. Dans J’irai pas, morceau du dernier album, Brigitte Fontaine érige l’irrévérence en philosophie, déclinant son rejet du système, des conventions et de toutes formes d’aliénation. Entre autres amabilités, elle remercie à plusieurs reprises son public avec un « Je vous déteste ». Son brûlot Vendetta réaffirme dans la provocation qui la caractérise ses engagements féministes même si elle continue de récuser le terme : « Masculin assassin (…) Assez parlementé / Vive la lutte armée (…) À bas le sexe fort  (…) Qu’on empale tous les mâles ». Et de scander dans une autre chanson « Nique love, fuck l’amour » ou encore de jouer sur la proximité des mots « patrie » et « patriarcat ». Pessimiste ou blasée la Fontaine ? Que nenni. Derrière de faux airs mélancoliques, elle ne perd rien de son humour et de sa joie de vivre. Notamment quand elle s’adresse à son complice Péchin, qui se mettra à genoux pour lui interpréter une version lyrique de La bonne du curé. Ou lorsqu’elle interpelle le troisième protagoniste du spectacle, Patrick, un ouvrier technicien en bleu de travail. Car la fille d’instituteurs bretons n’a pas oublié d’où elle vient.

LUDOVIC TOMAS
Mars 2020

Le concert de Brigitte Fontaine a eu lieu le 11 mars au Zef, dans la cadre du festival Avec le temps

Photo © Tu Minh Tan