Le 8e Festival international du dessin de presse, de la caricature et de la satire de l'Estaque bat son plein

Irrévérence et pertinence, les deux mamelles du FidepVu par Zibeline

• 27 septembre 2019⇒29 septembre 2019 •
Le 8e Festival international du dessin de presse, de la caricature et de la satire de l'Estaque bat son plein - Zibeline

C’est l’été indien à  Marseille, et le 8e Festival international du dessin de presse, de la caricature et de la satire de l’Estaque bat son plein. Pour commencer la journée par un petit café, les festivaliers se rendent au Bar Albert, où les attend une exposition de Marie Morelle. L’illustratrice féministe, passée notamment chez Causette, croque de plaisantes héroïnes : sous l’horloge du troquet, une blonde s’endort sourire aux lèvres ; en guise de moutons, elle compte der guillerets petits phallus qui sautent des barrières. À côté du zinc, une autre aspire goulûment une bouffée de fumée noire, les effluves du capitalisme industriel. « Même plus besoin de cloper », ironise la légende. Au dessus des tables, Emmanuel Macron est juché en haut de la tour Eiffel, cernée par une manifestation de Gilets Jaunes. « Eh Manu, tu descends ? » « Et pourquoi faire ! », répond le président.

Réveillé par cet humour délicat et la caféïne, le visiteur peut passer au plat de résistance : direction le boulodrome, où sont exposées les œuvres de ses consoeurs et confrères, reçues d’un peu partout. Du Tarn, comme la jeune et peu bégueule Gillian (son Trump vu de dos, en train de besogner une Terre qui n’en peut mais, mériterait d’être envoyé à l’intéressé, juste pour voir sa réaction rageuse sur Twitter) ; de Tunis, comme Nadia Khiari, dessinatrice du chat Willis (sur l’un des panneaux, il se fait écraser la moustache par une lourde botte, en s’autorisant à crier, c’est ça la liberté d’expression…) ; ou d’Iran, comme Shahrokh Heidari, avec son militaire soufflant une bucolique et aérienne boule de pissenlit… pardon, boule de munitions.

Condition féminine, écologie, conflits sociaux, religion… Tous les sujets brûlants de nos sociétés en voie de durcissement sont abordés. Le Fidep est une occasion unique en son genre de réaliser que partout dans le monde, être armé d’un crayon irrite les puissants, et que l’humour subversif traverse les cultures. On constate avec un plaisir chaque fois renouvelé l’attention qui est portée à l’accueil des plus jeunes : les ateliers de dessin de presse, notamment, leur permettent d’avoir une réflexion poussée, adaptée à leur âge, sur les grands combats qu’ils vont avoir à mener au cours de leur vie, s’ils veulent, eux aussi, expérimenter la liberté d’expression.

GAËLLE CLOAREC
Septembre 2019

Le Fidep se poursuit à Marseille jusqu’au 29 septembre.

Photos : Oeuvres de Shahrokh Heidari et Nadia Khiari au Fidep 2019 -c- G.C.