Konstantin Lifschitz embarque un public conquis au fil des Variations Goldberg

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Konstantin Lifschitz embarque un public conquis au fil des Variations Goldberg - Zibeline

Difficile de croire, en quittant la salle de concert, qu’il s’est écoulé près de deux heures. En comparaison avec son enregistrement du célèbre cycle des Variations Goldberg, paru en 2015, Konstantin Lifschitz semble avoir pris son temps. Grand bien lui en a pris : ce récital ayant compté parmi les plus beaux auxquels assister cet été. Le chef-d’œuvre de J.S. Bach – ou du moins, l’un d’entre ses nombreux chefs-d’œuvre – n’a de toute évidence aucun secret pour le pianiste, qui s’est prêté ce 3 août à de nombreuses prises de risque sur une partition déjà riche en rebondissements. Celui, tout d’abord, de tordre le cou aux usages concernant l’ornementation. Dès l’Aria, les broderies se font amples et irrégulières, les fioritures brillantes et outrancières : baroques, en somme. La pédale est parcimonieuse : si rien ne veut ici « sonner » comme une interprétation historiquement informée – et tant mieux – le pianiste russe mise sur un son nu désarmant. Les voix sont toujours nettement délimitées, et l’articulation d’une clarté remarquable. Virtuose, Konstantin Lifschitz mise sur des changements continus de tempi pour créer des contrastes et donner du mordant au phrasé. Ce rubato qui ne dit pas son nom se révèlera fulgurant sur la célébrissime Variation XXV, instant suspendu qui bouleverse durablement la salle ; les glissements chromatiques s’y font stratosphériques, les trouvailles harmoniques se succèdent comme autant de fulgurances. Le pianiste remodèle également certaines pièces lors des reprises, souvent radicalement différentes des premières itérations. Ici, la nuance change subtilement ; là, c’est une autre voix, souvent passée sous silence et pourtant si chantante, qui est accentuée. La vélocité se pare d’un sens de la couleur très sûr. Chaque variation est ici une ligne de plus sur un canevas apparent, que révélera le choix d’un Couperin en bis, échafaudé sur un plan tonal similaire mais ne semblant pourtant pas parler la même langue.

SUZANNE CANESSA
Août 2021
Ce concert a été joué le 3 août au Conservatoire Darius Milhaud dans le cadre des Nuits Pianistiques à Aix-en-Provence

Photo © D.R.

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