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Retour sur le concert de Norah Jones, en ouverture du Festival Jazz des 5 Continents de Marseille

Intimité à distance

Retour sur le concert de Norah Jones, en ouverture du Festival Jazz des 5 Continents de Marseille - Zibeline

Doux, suave, feutré, langoureux, intimiste. Norah Jones joue finement sur tous ces registres. Son concert, en ouverture de la programmation au Palais Longchamp du Festival Jazz des 5 Continents affichait complet depuis des semaines. Dans le parc, plus de 3000 personnes sont présentes. Le cadre idéal, la verdure, les pelouses, les arbres immenses qui se teintent du bleu ou du mauve des projos. Tout est réuni pour une soirée parfaite. Elle le sera, à quelques nuances près. La première partie, avec le Hà Nôi Duo, formé par Nguyën Lê et Ngô Hông Quang propose des sonorités asiatiques mêlées de jazz-rock. Après un intermède assez long, Norah Jones fait enfin son apparition. Au piano, en robe de voile noir pailleté, entourée de ses cinq musiciens. Malgré les 3000 personnes et la scène à ciel ouvert, l’ambiance semble celle d’un petit piano-bar.

La deuxième partie du set sera plus tonique. La chanteuse s’accompagne à la guitare, sèche ou électrique. Le répertoire des tubes passe bien sûr en revue. Don’t know why, I’ve got to see you again, Sunrise, et Come away with me pour clore le concert. Avec finalement un regret. Les mélodies harmonieuses et l’atmosphère intimiste ne gomment pas l’aspect très calibré du show. Tout y est millimétré, sans ruptures, sans fantaisie, sans spontanéité. Pas vraiment d’échange avec les spectateurs et, paradoxalement, une distance et un certain manque de chaleur dans l’intimité pourtant créée. Le public lui aussi est plutôt froid, parfois plus occupé à filmer au téléphone portable qu’à savourer pleinement le moment. Il en faudrait pourtant peu pour le faire chavirer complètement. Il suffit que l’artiste prononce le mot « mistral » avec son accent pour déclencher l’enthousiasme. Ou quand elle traduit dans un souffle le titre Black, qu’elle entame en solo à la guitare.

La personnalité de la chanteuse et son style musical sont aussi propices à cette ambiance feutrée, reposante, qui a tout son charme. Manquent peut-être juste un peu de pétillant, d’éclats, d’improvisation, qui sont aussi l’âme du jazz. Les musiciens, tous impeccables, sont présentés rapidement, le rappel est un peu court, et le public n’insiste pas pour en demander encore. A minuit pile, le rail frontal de projecteurs se rallume. La petite bulle de velours se dissipe, la piano-parc Longchamp ferme ses grilles.

JAN-CYRIL SALEMI
Juillet 2017

Le concert de Norah Jones a eu lieu le 24 juillet au Palais Longchamp, lors du Festival Jazz des 5 Continents de Marseille

Photo : © X D R