Marseille Transit, inspiré par un roman d'Anna Seghers autour la France dite Libre, entre 40 et 42

Intensités historiquesLu par Zibeline

Marseille Transit, inspiré par un roman d'Anna Seghers autour la France dite Libre, entre 40 et 42 - Zibeline

Les premiers moments de la programmation événementielle du MuCEM marquent d’emblée le champ que Thierry Fabre veut leur insuffler : festifs, et sérieux à la fois. Après le concert d’ouverture le 7 juin, le temps de Marseille Transit s’est installé sur trois jours, du 14 au 16 juin, proposant débats, projections et chansons, autour de Marseille entre 40 et 42, dans la France dite Libre. Période où l’horizon marin était le seul espoir de départ pour nombre de réfugiés fuyant le nazisme, juifs, intellectuels ou artistes «dégénérés», opposants politiques. Mais la mer restait aussi une barrière imposante, et le régime de Pétain une dictature aux pratiques arbitraires. Les formalités administratives étaient longues, chères, et les candidats nombreux à l’exil volontaire. Vers le Mexique ou les États-Unis, ou vers l’Afrique du Nord pour rejoindre De Gaulle, tous transitaient par Marseille, et y attendaient les nécessaires cartes, visa de sortie et d’entrée, et autorisation de transit par l’Espagne ou le Portugal.

C’est sur ce cul-de-sac administratif qu’Anna Seghers a construit son roman, Transit, qui a inspiré toute la programmation. Le premier débat s’attachait à L’art en guerre, d’après l’exposition du musée d’Art Moderne de Paris, avec Jacqueline Munck commissaire de l’exposition et Alain Paire, concepteur de ce cycle Marseille Transit. Ensemble ils parlèrent de cet «art de la défaite», né sur les murs du camp des Milles, ou à la villa Airbel. Le lendemain le débat avec Jean-Marie Guillon et Gérard Malgat évoqua deux figures essentielles, qui ont permis de sauver des milliers de réfugiés en leur faisant accorder visa ou droit de passage : Varian Fry, qui ouvrit la porte de l’exil vers les États-Unis à nombre d’écrivains et d’intellectuels. Moins connu aujourd’hui, le diplomate mexicain Gilberto Bosquez ouvrit la voie vers le Mexique, d’abord pour les Républicains Espagnols fuyant Franco, puis à tous ceux qu’il pouvait, moins tenu que Varian Fry à sauver d’abord les artistes.

La soirée 15 juin se termina en chansons avec la création de Radio Transit, on chantait quand même : Serge Hureau a mené un travail patrimonial de collecteur de ces chansons cocasses ou sentimentales, populaires et gouailleuse, qui grâce à la radio résonnait pour la première fois comme ne culture sonore commune. Une autre manière, festive, d’évoquer Marseille à l’époque. Car la veille le film Transit de René Allio plongeait dans l’atmosphère plus tendue du roman de Seghers. Le film modifie notablement certains personnages, en efface d’autres, mais donne plus que le roman l’atmosphère enfiévrée d’attente de Marseille. Léché, cadré, exact, le film dégage pourtant une impression de vitalité, de naturel confondante. Grâce aussi à la musique de Georges Bœuf, qui réinvente de fausses rengaines, que les spectateurs fredonnent en sortant, et qui sont très joliment ciselées. Et puis, voir sur l’écran la mer et le port que l’on voit aussi autour de soi du haut du Fort Saint Jean, constitue une mise en abime inédite…

Car la magie du lieu est époustouflante, et regarder le soleil se coucher sur la mer, entendre les sirènes des bateaux qui sortent, donne ce plaisir étrange de la coïncidence parfaite entre la fiction, historique pourtant, et la réalité d’un horizon beau à couper le souffle.

AGNÈS FRESCHEL et MARYVONNE COLOMBANI
Juin 2013

Photo : Transit-de-Rene-Allio

 

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