Charles Berling reprend Dreck au Théâtre Liberté, Toulon

Intégrer l’abjectionVu par Zibeline

• 3 octobre 2013⇒19 octobre 2013 •
Charles Berling reprend Dreck au Théâtre Liberté, Toulon - Zibeline

Ce qu’il ya d’insupportable dans la condition de Sad, dans son long cri de désespoir, c’est qu’il a fait siennes les abjections racistes dont il est victime. Cet Irakien venu en Allemagne pour y étudier, parce qu’il en aime la langue, Goethe et Schiller, se retrouve dans la position d’un sans-papiers sans identité, sans existence. Celle de ces gens que nous croisons tous les jours, quand ils ne sont pas morts à Lampedusa ou expulsés vers des pays où ils ne peuvent vivre. L’enfer, Sad l’a retrouvé en Allemagne. Non pas parce qu’il y vit mal, puisqu’il survit, vendant des roses, attendant le retour de l’électricité, urinant proprement et mangeant ce qu’il trouve. Mais parce que le regard des Allemands, sur son crâne trop plat ses yeux noirs, la peur de l’envahissement qu’il fait naître en étant seulement là, le trouble qu’il produit dans l’identité nationale, le sentiment d’être un sous humain, tout cela il l’a intégré, admis, comme son odeur repoussante et ses pores dilatées. Il est une ordure (Dreck en allemand), une saleté, qui ne peut que disparaitre, se tuer, pour mettre fin à l’abjection. Ce qu’il fera à la fin.

Charles Berling avait déjà mis ce texte de Robert Schneider en scène, en 1997, avec Alain Fromager. Il le reprend aujourd’hui et lui donne une autre actualité : l’époque est pourtant légèrement décalée -il s’agit du racisme des années 70, à la fois plus violent et moins installé- et l’Allemagne est présente parce qu’on entend son hymne rappelant le nazisme encore proche… Mais aujourd’hui, alors que les démons renaissent, que les frontières se referment partout en Europe qui a pourtant besoin d’immigration, Dreck sonne plus universel, et hélas plus près de nous. Alain Fromager est simplement époustouflant, à la fois repoussant, émouvant, perdu, éteint, explosif. Dirigé au cordeau par Charles Berling, dans un décor aussi nu que possible.

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2013

Dreck a été créé au Théâtre Liberté, Toulon, le 3 octobre

Jusqu’au 19 octobre

Théâtre Liberté
Grand Hôtel
Place de la Liberté
83000 Toulon
04 98 00 56 76
www.theatre-liberte.fr