L'échappée belle, un catalogue consacré au destin de Jean Genet

InsoumisLu par Zibeline

L'échappée belle, un catalogue consacré au destin de Jean Genet - Zibeline

Jean Genet abandonné. Jean Genet évadé. Jean Genet surveillé. Jean Genet sous le sceau du secret. Jean Genet conspué. Jean Genet engagé… singulière trajectoire d’un homme gagnant sa liberté au prix de ses origines. Comme l’écrit Jean-Paul Sartre dans Saint Genet, comédien et martyr : « L’important n’est pas ce qu‘on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce que l’on fait de nous. »

C’est de ce destin extraordinaire que s’empare le catalogue L’échappée belle publié à l’occasion de l’exposition du même nom qui se tient au MuCEM. Un catalogue qui s’articule autour de trois œuvres : Le journal du voleur, Les paravents et Un captif amoureux. Trois entrées qui nous permettent de découvrir les territoires réels et imaginaires de Jean Genet au carrefour de l’histoire d’Espagne, en Algérie jusqu’au Moyen-Orient. La Méditerranée, comme un fil courant du début à la fin de sa vie et de son œuvre. De son « évasion » de l’Assistance publique à 16 ans, on le retrouve finalement à Marseille, jusqu’à sa tombe au Maroc. Un homme qui fuit, un homme qui marche pour faire référence à Alberto Giacometti qui, comme le dira Jean Genet, est le seul homme qu’il ait jamais réellement admiré.

Peu d’écrivains auront vu leur vie entière aussi renseignée par les services de l’État. Ainsi nous le montre ce catalogue regroupant un nombre impressionnant d’archives aussi émouvantes que glaçantes. Des lettres de sa mère demandant sa prise en charge faute de moyens de subsistance, à ses propres lettres pour retrouver sans succès cette même mère auprès de l’administration. De son fichage aux renseignements généraux ou au tribunal militaire de Marseille après sa désertion de l’armée.

Un catalogue richement documenté aussi de photographies où on le voit aux côtés d’Angela Davis notamment. Puis les photographies bouleversantes de Bruno Barbey prises lorsqu’il se rend en 1971 auprès des camps de réfugiés Palestiniens.

Un catalogue où les fils qui lient la vie et l’œuvre sont finement tissés.

À lire pour ceux qui ont vu l’exposition ou qui ne l’ont pas vue. À lire pour ceux qui ont lu Jean Genet et ceux qui ne l’ont pas lu.

FRANCK MARTEYN
Juin 2016

Jean Genet, l’échappée belle
Gallimard, 32 €

Lire également chronique sur l’exposition ici dans Zib’95

Mucem
Môle J4
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