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Vu par Zibeline

Retour sur la 8e édition de Grains de sel, le Festival du livre et de la parole d’enfant

Initiation, connivence et restriction

• 15 novembre 2018⇒18 novembre 2018 •
Retour sur la 8e édition de Grains de sel, le Festival du livre et de la parole d’enfant  - Zibeline

Grains de sel, le Festival du livre et de la parole d’enfant qui enchante les automnes d’Aubagne, signe une 8e édition aux dimensions réduites

Plus de grand chapiteau Shéhérazade, replié au sein de l’Espace des Libertés qui perd les ateliers d’écriture, de lecture, d’invention des précédentes éditions. Les deux pôles de cette manifestation, « livre » et « parole d’enfant » se voient dissociés, et le second ne sera plus grand public…

Le repli sur un lieu centralisateur est dû aux consignes édictées par la Préfecture dans le cadre du plan Vigie Pirate renforcé. Véronique Paris, coordinatrice du festival, mentionne les « 35 000 € dépensés uniquement pour la sécurité du chapiteau Shéhérazade l’an dernier. La taille est sacrifiée, mais pas la qualité ! ». Jean-Luc Bonnet, directeur des Affaires Culturelles de la ville d’Aubagne, déplore lui aussi la nécessité de « réduire la voilure », évoque avec nostalgie l’excellence de l’édition 2017, et souligne son attachement à la lecture jeunesse, fondement essentiel de la formation. « Cette année a été bouleversée par les consignes drastiques de sécurité. Par manque de place, on a dû supprimer les rayons mangas, BD, sacrifier une grande partie de la littérature ado… Nous allons en tirer les leçons pour l’an prochain. »

À la rencontre des auteurs

Le festival, malgré tout, fait le plein, fête les trente ans des éditions Didier et de la version belge de l’École des Loisirs, Le Petit Monde de Pastel, réunit plus d’une vingtaine d’auteurs et d’illustrateurs, qui se sont pliés au rite des dédicaces. Magie de voir s’articuler un dessin à partir d’un point, d’une ligne, d’une gommette, et de recueillir quelques bribes de leur démarche, qui donnent envie d’assister aux rencontres finement animées par Maya Michalon. Régis Lejonc, auteur de l’affiche de cette année, confie entre deux coups de feutre que pour entrer dans les divers univers de ses albums (de l’Orient au Grand Nord), il lui faut en capter l’atmosphère particulière et s’y fondre, « changer d’atmosphère, pas de style ». Les clés des œuvres sont aussi livrées de manière originale par les désormais rituelles batailles de dessins. Ainsi, Rémi Courgeon et Cécile Hudrisier s’affrontent, après un échauffement cocasse, en portraits puis personnages croisés, héros préférés, un éléphant en équilibre sur un grain de sel (!), ou encore dessiner leur sujet préféré, les yeux fermés ! Connivence immédiate avec le public, qui participe, donne son avis…

Et les pestacles

Programmées par Jean-Marie Tedesco, trois pièces déclinaient leur poésie au théâtre Comoedia. Initiatique, Le Chant des Baleines de la Cie Histoire de faisait voyager une petite fille à la découverte de l’origine du chant de sa maman disparue. Par le fin dispositif d’un théâtre d’objets et d’ombres, Sabrina Lambert et Nolwenn Le Doth racontent l’exil, les chants du monde et l’ancrage dans le présent…

Autre duo, Pierre Deyle, accompagné par Grégory Allabert (guitare) narre en trois contes à la fantaisie débridée la naissance des couleurs, la leçon que la mangouste donne au lion trop fier et au serpent obtus, et une version revisitée et cocasse des Musiciens de Brême. On est séduits par la bouleversante expressivité de Sabrina Chézeau (La Farouche Cie) qui, seule en scène, interprète tous les rôles de son récit, Les Souliers mouillés. On suit le petit Juanito qui, affolé de ne pas voir au matin les souliers mouillés de son père marin pêcheur devant la porte, part à sa recherche. Avec humour et tendresse, la comédienne nous entraîne dans une aventure haletante à laquelle le public participe avec bonheur.

Les Souffleurs-commandos poétiques produits par Karwan célèbrent la fin de ces journées délicieuses en même temps que celle de Lecture par Nature. Le résultat des ateliers du week-end est déployé dans la grande salle du salon Shéhérazade, tableaux noirs brandis à bout de bras, offrant citations, fragments de rêves, calligraphiés sur le thème de Demain !. Feu d’artifice qui enrobe la salle, orbe magique des mots où se puise le sens que nous accordons à nos vies et au monde…

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2018

Photo: Souffleurs-commandos poétiques © MC

Grains de Sel a eu lieu du 15 au 18 novembre à Aubagne